Avant même le bouddhisme ou l’hindouisme, les peuples du territoire thaïlandais croyaient déjà en la présence d’esprits invisibles. Ces croyances ancestrales, transmises depuis des millénaires, ont survécu à toutes les grandes religions. Aujourd’hui encore, l’animisme imprègne la vie quotidienne des Thaïlandais : dans les maisons, les commerces, les hôtels… on rend hommage à des esprits appelés “phra phum”, considérés comme les gardiens du lieu. Loin d’être une superstition oubliée, l’animisme thaïlandais reste un pilier discret mais essentiel de la spiritualité du pays.
Les origines de l’animisme thaïlandais
L’animisme, du mot latin anima (âme), repose sur l’idée que toute chose possède une conscience : les montagnes, les arbres, les rivières, et même les objets. C’est une forme de religion en Thaïlande.
En Thaïlande, cette croyance trouve ses origines dans les cultures austro-asiatiques et mon-khmères antérieures à la diffusion du bouddhisme.
Au fil du temps, ces traditions se sont mêlées au bouddhisme Theravāda venu du Sri Lanka et à l’hindouisme. Résultat : un système spirituel unique, où les Thaïlandais prient Bouddha le matin et déposent des offrandes aux esprits l’après-midi, sans contradiction apparente.
Les maisons des esprits : un autel à domicile
Impossible de passer à côté : devant presque chaque maison, hôtel ou même centre commercial, on aperçoit une petite construction colorée perchée sur un socle. Ce sont les célèbres “San Phra Phum”, ou maisons des esprits.
Selon la croyance, chaque lieu possède un esprit protecteur chargé de veiller sur les habitants. On lui offre :
- des fleurs,
- de la nourriture (riz, fruits, gâteaux),
- des boissons sucrées ou du thé,
- et parfois… des mini figurines d’éléphants ou de danseuses !
Ces offrandes maintiennent la paix entre les humains et les esprits du lieu. En retour, on espère protection, santé et prospérité. Et il est également très mal vu de déplacer une maison des esprits sans faire un rituel préalable. On consulte souvent un moine ou un médium pour demander la permission à l’esprit avant tout changement.
Les différents types d’esprits dans la culture thaïlandaise
L’univers des esprits thaïlandais est vaste :
- Phra Phum : l’esprit protecteur du lieu.
- Chao Thi : le gardien du territoire ou du village.
- Phi Ta Khon : l’esprit des ancêtres fêté dans le Nord-Est lors d’un festival haut en couleur.
- Phi Mae Nang : les esprits féminins protecteurs des champs ou des rivières.
- Phi Pob / Phi Krahang : esprits malicieux qu’on tente d’apaiser par des rituels ou des offrandes.
Ces croyances s’expriment aussi dans les festivals thaïlandais, les films d’horreur et même dans certaines chansons populaires.

L’animisme et le bouddhisme : une cohabitation spirituelle
Loin de s’opposer, animisme et bouddhisme se complètent en Thaïlande.
Le bouddhisme guide la conduite morale et la recherche de la sagesse, tandis que l’animisme s’occupe de la vie quotidienne : chance, santé, récoltes, protection.
Les Thaïlandais consultent les moines pour leur spiritualité, et les médiums ou chamanes (mor phi) pour apaiser les esprits.
Certaines fêtes religieuses mêlent d’ailleurs les deux traditions, comme lors des cérémonies de bénédiction d’une nouvelle maison ou d’un bateau de pêche.
Les rituels et fêtes liés aux esprits
Plusieurs événements annuels célèbrent les esprits protecteurs :
- Phi Ta Khon (Dan Sai, province de Loei) : festival où les habitants portent des masques de bois et dansent pour attirer les bons esprits.
- Loy Krathong : fête des lumières, durant laquelle on dépose des bougies sur l’eau pour remercier les esprits des rivières.
- Cérémonies des nouveaux bâtiments : avant la construction d’un immeuble, on organise une offrande aux esprits du sol.
Ces fêtes rappellent que, pour les Thaïlandais, le monde spirituel n’est jamais loin : il cohabite avec les vivants, et mérite respect et attention.
L’animisme aujourd’hui
Malgré la modernisation du pays, l’animisme reste très présent dans la vie et le quotidien des thaïlandais.
Les gratte-ciels de Bangkok ont leurs maisons des esprits, les taxis portent des amulettes bénies, et les boutiques déposent des guirlandes de fleurs à leurs autels. Même les entreprises internationales installées en Thaïlande participent à ces rituels !
Cette persistance témoigne d’une spiritualité vivante et inclusive : la Thaïlande a su garder ses racines tout en évoluant avec son époque.
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FAQ – L’animisme en Thaïlande
La maison des esprits (San Phra Phum) est un petit autel installé devant les habitations, les commerces ou les hôtels. On y dépose chaque jour des offrandes – fleurs, nourriture, boissons – pour honorer l’esprit protecteur du lieu. L’objectif est d’assurer harmonie, chance et protection.
Oui, même si la ferveur varie selon les générations. Les jeunes urbains continuent souvent à entretenir une maison des esprits “par respect” ou “par tradition familiale”. L’animisme reste profondément ancré, souvent intégré au bouddhisme sans contradiction.
Oui, tant que cela se fait avec respect. Il est recommandé de ne pas toucher les offrandes ni de s’appuyer sur la structure. Les habitants apprécient qu’on montre de l’intérêt pour leurs traditions, surtout si on reste discret et bienveillant.
Les offrandes servent à remercier les esprits pour leur aide et à leur demander de continuer à protéger les lieux. Dans la culture thaïlandaise, la gratitude envers les forces invisibles est une façon d’entretenir l’équilibre entre le monde spirituel et le monde des humains.


