Suite à la fin de laseconde Guerre mondiale en Thaïlande, le pays a terminé le conflit dans une position délicate : techniquement alliée du Japon vaincu, mais sauvée par son mouvement de résistance interne. À peine sortie de ce bourbier mondial, la Thaïlande a plongé tête la première dans un autre conflit, plus long et plus insidieux : la Guerre Froide.
Dans une Asie du Sud-Est qui virait progressivement au communisme (Chine, Vietnam, Laos, Cambodge), la Thaïlande est devenue la pièce maîtresse de la stratégie américaine. De 1950 à 1975, le Royaume du Siam s’est transformé en la base arrière logistique et militaire de l’Oncle Sam.
Le grand virage : De l’Axe à l’Alliance Américaine
Comment un pays qui avait déclaré la guerre aux États-Unis en 1942 est-il devenu leur meilleur ami dix ans plus tard ?
La réponse tient en un mot : Anticommunisme.
Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis, nouvellement superpuissance, cherchaient désespérément des partenaires fiables en Asie pour endiguer la « vague rouge ». La Thaïlande, monarchie conservatrice et profondément bouddhiste, était naturellement hostile à l’athéisme communiste. L’élite thaïlandaise (militaires et royalistes) a vu dans l’Amérique un protecteur puissant et une source de financement inespérée pour moderniser le pays et consolider leur pouvoir. Le mariage de raison était scellé.
La « Théorie des Dominos » : La Thaïlande en première ligne
Pour comprendre cette époque, il faut comprendre la peur qui animait Washington et Bangkok : la « Théorie des Dominos ».
L’idée était simple : si un pays tombait aux mains des communistes (comme le Vietnam du Nord), ses voisins tomberaient inévitablement à leur tour, comme une rangée de dominos.
Dans les années 50 et 60, la Thaïlande était considérée comme le « domino clé ». Elle était littéralement encerclée. La Chine de Mao était au nord, le Vietnam était en guerre, et le Laos et le Cambodge étaient déstabilisés. Pour les Américains, la défense de la Thaïlande n’était pas une option, c’était une nécessité vitale pour empêcher toute l’Asie du Sud-Est de basculer.
L’Ère Américaine : Bases militaires et dollars
C’est la partie la plus visible de cette histoire. À partir des années 1960, la présence américaine en Thaïlande devient massive, transformant le paysage physique et social.
Le « porte-avions insubmersible »
Alors que la guerre du Vietnam s’intensifiait, la Thaïlande est devenue la base de lancement des opérations aériennes américaines. Les États-Unis ont construit et modernisé d’immenses bases aériennes à travers le pays : U-Tapao (près de Pattaya), Udorn Thani, Korat, Nakhon Phanom…
Le chiffre est stupéfiant : au plus fort de la guerre du Vietnam, environ 80% des frappes aériennes américaines sur le Nord Vietnam, le Laos et le Cambodge partaient de bases thaïlandaises. Plus de 50 000 soldats américains étaient stationnés dans le royaume.
Le boom des infrastructures
En échange de cette hospitalité militaire, les États-Unis ont inondé la Thaïlande de dollars. Ils ont construit des routes stratégiques essentielles pour relier leurs bases, comme la fameuse « Friendship Highway » (Mittraphap Road) qui relie Bangkok au Nord-Est (Isan) jusqu’à la frontière laotienne. Ces infrastructures, conçues pour la guerre, ont désenclavé des régions entières et accéléré le développement économique.
La naissance du tourisme moderne : Le « R&R »
C’est un aspect fascinant de cette période. Que faire de dizaines de milliers de jeunes soldats américains en permission, stressés par la guerre au Vietnam voisin ? On leur offre du « R&R » (Rest & Recuperation).
La guerre intérieure : La lutte contre le Parti Communiste Thaïlandais (PCT)
La menace n’était pas qu’extérieure. La Thaïlande avait aussi sa propre insurrection. Le Parti Communiste Thaïlandais, soutenu par la Chine et le Vietnam, a mené une guérilla active dans les zones rurales pauvres du Nord et du Nord-Est (Isan) et dans les jungles du Sud dès les années 1960.
Le gouvernement de Bangkok, avec l’aide massive de la CIA et des conseillers militaires américains, a mené une contre-insurrection brutale. C’était une guerre de l’ombre, faite d’embuscades dans la jungle et de propagande dans les villages. Le gouvernement a aussi utilisé l’arme du développement, construisant des routes et des écoles dans les zones reculées pour « gagner les cœurs et les esprits » et couper l’herbe sous le pied des communistes.
Conclusion : L’héritage d’une époque sous tension
La fin de la guerre du Vietnam en 1975 et le retrait américain ont été un choc pour la Thaïlande, qui a dû réajuster sa diplomatie (notamment en se rapprochant de la Chine).
L’héritage de la Guerre Froide est partout en Thaïlande aujourd’hui. Il est dans le réseau autoroutier que vous empruntez, dans l’importance politique de l’armée thaïlandaise (renforcée par des décennies d’aide US), et dans la relation toujours étroite, bien que parfois compliquée, entre Bangkok et Washington. La Thaïlande a réussi son pari : elle n’est pas devenue le prochain domino. Mais le prix à payer fut une militarisation profonde de sa société.
FAQ – Guerre froide en Thaïlande
Y a-t-il encore des bases militaires américaines en Thaïlande aujourd’hui ?
Non. Officiellement, les États-Unis ont fermé leurs dernières bases et retiré leurs troupes combattantes en 1976, peu après la fin de la guerre du Vietnam, suite à des manifestations étudiantes massives à Bangkok demandant leur départ. Cependant, la Thaïlande reste un allié militaire majeur des USA hors-OTAN. Ils organisent ensemble chaque année « Cobra Gold », l’un des plus grands exercices militaires conjoints d’Asie.
L’armée thaïlandaise a-t-elle combattu directement au Vietnam ?
Oui. La Thaïlande ne s’est pas contentée d’être une base arrière. Elle a envoyé des troupes au sol combattre aux côtés des Américains et des Sud-Vietnamiens. Le contingent thaïlandais le plus célèbre était la division des « Black Panthers ». Au total, près de 40 000 soldats thaïlandais ont servi au Vietnam, et plus de 350 y ont perdu la vie.
Comment cette période est-elle perçue par les Thaïlandais aujourd’hui ?
C’est une perception mitigée. D’un côté, c’est reconnu comme l’ère du développement moderne, des routes goudronnées et de l’électricité arrivant dans les campagnes grâce aux dollars américains. De l’autre, c’est aussi vu comme une période de perte de souveraineté culturelle, d’explosion de la prostitution liée aux bases militaires, et de renforcement excessif du pouvoir politique de l’armée thaïlandaise, dont le pays subit encore les conséquences.
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