Si tu as déjà passé un peu de temps en Thaïlande, tu as sûrement remarqué un truc dans les restaurants, surtout le week-end.
Tu ne vois pas souvent des couples seuls ou des personnes mangeant en solo. Non. Tu vois des tablées immenses. Il y a la grand-mère qui sourit sans dents, le père qui sert du whisky, les ados rivés sur leur téléphone, et des bébés qui passent de bras en bras. Ça rit fort, ça partage dix plats en même temps, et ça prend beaucoup de place.
Bienvenue dans la famille thaïlandaise.
Oublie notre modèle occidental de la petite famille nucléaire (papa, maman et les deux enfants dans leur maison de banlieue). Ici, la famille, c’est un concept élastique, large, parfois envahissant, mais incroyablement chaleureux. C’est le cœur battant de la société.
Allez, je t’emmène dans les coulisses du foyer thaï.
La famille élargie : Plus on est de fous…
En Occident, quand on devient adulte, le but est souvent de quitter le nid pour prendre son indépendance.
En Thaïlande ? Pas vraiment.
Le modèle traditionnel, qui résiste encore très fort (surtout en dehors de Bangkok), c’est la maison multi-générationnelle. Il est parfaitement normal que trois, voire quatre générations vivent sous le même toit, ou du moins dans le même complexe d’habitations.
Tes parents sont tes parents, certes. Mais tes oncles et tantes sont considérés comme des seconds pères et mères. Tes cousins ? Ce sont tes frères et sœurs. Le réseau est immense.
Le rôle clé des grands-parents est fondamental en Thaïlande. Dans l’économie, beaucoup de parents en âge de travailler partent dans les grandes villes (comme Bangkok) ou dans les zones touristiques (Phuket, Samui) pour gagner leur vie. Qui élève les enfants restés au village ? Les grands-parents. Ils sont les véritables éducateurs au quotidien pour des millions de jeunes Thaïs.
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La hiérarchie commence à la maison (Pee et Nong)
Tu te souviens de mon article sur le Wai et la société verticale ? Tout ça, ça s’apprend à la maison dès le berceau. La famille est le premier lieu où l’on apprend sa place. Le respect des aînés n’est pas une option, c’est une loi naturelle.
Tu l’entendras dans la langue. Les Thaïlandais s’appellent rarement par leur simple prénom. Ils ajoutent un titre devant pour situer l’âge :
- Pee (พี่) : Grand frère / Grande sœur. Utilisé pour toute personne plus âgée que toi, même d’un an, même si ce n’est pas ton vrai frère.
- Nong (น้อง) : Petit frère / Petite sœur.
Appeler un aîné juste par son prénom ? C’est impensable, c’est comme le tutoyer et le gifler en même temps. Le petit doit le respect au grand, et le grand doit protection et bienveillance au petit.

Le « Bunkhun » : La dette sacrée envers les parents
C’est LE concept le plus difficile à comprendre pour nous, Occidentaux, et celui qui a le plus d’impact sur la vie des Thaïlandais.
Ça s’appelle le Bunkhun (บุญคุณ). C’est une dette de gratitude, quasi impossible à rembourser, que l’enfant a envers ses parents pour le simple fait de lui avoir donné la vie et de l’avoir nourri.
En Occident, on considère que c’est le devoir des parents de s’occuper des enfants jusqu’à leur majorité, et qu’ensuite, les enfants font leur vie.
En Thaïlande, c’est l’inverse. Dès que l’enfant commence à gagner de l’argent, c’est son devoir absolu, moral et spirituel, de s’occuper de ses parents.
C’est pour ces raisons que tu verras tant de jeunes travailleurs (serveuses, ouvriers, employés de bureau) envoyer religieusement une grosse partie de leur salaire maigre à leurs parents restés au village, chaque mois. Ce n’est pas un cadeau, c’est le remboursement du Bunkhun. Ne pas le faire, c’est être un « enfant ingrat », la pire insulte sociale.
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La nourriture dans la vie thaïlandaise : Le ciment du clan
Je ne pouvais pas parler de la famille sans parler de bouffe. En Thaïlande, manger n’est pas juste se nourrir, c’est le rituel social par excellence.
La question « Ça va ? » (Sabai dee mai?) est souvent remplacée par « Kin khao rue yang? » (As-tu déjà mangé du riz/pris ton repas ?).
Le repas de famille est un moment sacré. On ne mange pas chacun son assiette dans son coin. Tous les plats sont au centre, et on partage tout. C’est le moment où les liens se resserrent, où l’on rit, et où la matriarche vérifie que tout le monde est bien nourri (spoiler : tu seras toujours trop nourri).
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Conclusion
La vie de famille en Thaïlande, c’est un cocon protecteur puissant. Pour un œil extérieur, ça peut parfois sembler étouffant, avec une pression sociale et financière forte sur les jeunes générations.
Mais c’est aussi un filet de sécurité incroyable. En Thaïlande, tu n’es jamais vraiment seul face à l’adversité. Si tu tombes, le clan est là pour te rattraper. Et cette chaleur humaine, quand tu as la chance d’y être invité, c’est quelque chose d’inoubliable.
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FAQ : Vie de famille Thaïlande
Oui, c’est encore la norme majoritaire, surtout en dehors de Bangkok. Contrairement à l’Occident où quitter le nid à 20 ans est un signe d’indépendance, ici, rester chez ses parents est perçu comme un signe de piété filiale et d’attachement. Même ceux qui partent travailler en ville rentrent très souvent et gardent leur chambre dans la maison familiale.
Oh que oui ! C’est le « package deal » absolu. Tu ne pourras pas ignorer le clan. Tu devras participer aux événements familiaux, respecter la hiérarchie et comprendre que ton conjoint aura des obligations financières et morales envers ses parents qui passeront parfois avant vos propres projets de couple. Mieux vaut le savoir avant !
C’est complexe. Vu d’Occident, ça ressemble à une pression énorme. Mais pour la plupart des Thaïlandais, c’est un devoir intégré dès l’enfance, une source de fierté. Pouvoir offrir une belle maison ou des soins médicaux à ses parents âgés est la réussite ultime. Cependant, avec le coût de la vie moderne, cette pression devient effectivement un sujet de tension pour la jeune génération.


