Tu penses que la Thaïlande est uniquement le pays des temples dorés et des moines sereins ? Détrompe-toi. Dès que le soleil se couche, une autre réalité prend le relais. Une réalité peuplée d’ombres, de bruits étranges et de croyances qui te feront frissonner.
Bienvenue dans le monde des Phi (prononcé « Pii »). Ce mot court désigne tout ce qui touche aux esprits, aux fantômes et aux créatures surnaturelles.
Pour les Thaïlandais, ce monde invisible n’est pas une légende lointaine. Il est là, tout autour de nous, cohabitant avec les vivants. Comprendre le culte des esprits est essentiel pour saisir l’âme profonde du pays, ce mélange unique où l’animisme ancestral se mêle au bouddhisme. Prépare-toi, on part à la rencontre de ce qui se cache dans le noir !
Les origines du culte des esprits en Thaïlande
Avant l’arrivée du bouddhisme il y a plus de mille ans, les peuples de la région étaient animistes. Ils croyaient que chaque élément de la nature – arbre, montagne, rivière, grotte – possédait une âme ou une conscience.
Lorsque le bouddhisme est arrivé, il n’a pas effacé ces croyances ancestrales. Il s’est posé dessus. Aujourd’hui, on parle de syncrétisme religieux. Le moine s’occupe de ton âme et de ta réincarnation future, mais c’est le Mo Phi (le chaman ou « docteur des esprits ») ou le maître laïc qui gère tes problèmes immédiats avec les forces occultes.
Les Phi ne sont ni bons ni mauvais par nature : ils sont puissants. Ils peuvent être des protecteurs bienveillants s’ils sont respectés, ou des spectres vengeurs terrifiants s’ils sont négligés.
Le Bestiaire de l’horreur : Qui sont les fantômes les plus célèbres ?
Le folklore thaïlandais regorge de créatures qui feraient passer nos fantômes occidentaux pour des enfants de chœur. Voici les stars du macabre que tous les enfants thaïs connaissent (et craignent).
1. Mae Nak Phra Khanong : L’amour par-delà la mort
C’est la légende la plus célèbre de Bangkok. L’histoire raconte qu’au 19ème siècle, une femme nommée Nak est morte en accouchant pendant que son mari était à la guerre. Par amour, son esprit a refusé de partir. À son retour, le mari a vécu avec le fantôme de sa femme et de son bébé sans le savoir, jusqu’à ce qu’il découvre la terrifiante vérité (souvent en la voyant allonger son bras de manière surnaturelle pour ramasser un citron tombé au sol !).
- Pourquoi c’est important ? Mae Nak est vénérée comme une déesse de l’amour et de la fidélité. Son sanctuaire à Bangkok est toujours rempli d’offrandes.
2. Phi Krasue : L’horreur volante
C’est le cauchemar absolu. Le jour, c’est une femme normale. La nuit, sa tête se détache de son corps et flotte dans les airs, traînant sous elle sa colonne vertébrale et ses entrailles rougeoyantes.
- Sa mission ? Elle chasse du bétail ou des femmes enceintes pour manger le placenta. Si tu vois une lumière rouge flotter dans les champs la nuit… cours !
3. Phi Pop : Le dévoreur d’entrailles
Très présent dans le folklore de l’Isan (Nord-Est), le Phi Pop est un esprit malveillant qui possède les humains. Il prend le contrôle de leur corps pour dévorer leurs intestins de l’intérieur. On accuse souvent des morts inexpliquées dans les villages d’être l’œuvre d’un Phi Pop.
4. Kuman Thong : L’enfant doré
C’est l’un des aspects les plus sombres de la magie noire thaïlandaise. Historiquement, c’était un fœtus mort-né, rôti et couvert de feuilles d’or, que l’on gardait comme un « fils spirituel ». Aujourd’hui, ce sont des poupées (bénies par des moines) censées abriter l’esprit d’un enfant. Si tu le nourris (Fanta rouge, bonbons) et le traites bien, il t’apportera fortune et protection.
Le culte des esprits au quotidien : Comment vivre en harmonie avec l’invisible ?
Pour le Thaïlandais moyen, vivre avec les esprits est une négociation permanente. Il faut s’assurer de leur protection et éviter leur colère.
Les Maisons des Esprits (San Phra Phum)
Ces petits temples miniatures devant chaque bâtiment servent à loger les génies tutélaires du terrain. C’est la première ligne de défense : on loge et nourrit l’esprit local pour qu’il repousse les mauvais fantômes errants. C’est ça la maison des esprits en Thaïlande !
Les Amulettes et Tatouages (Sak Yant)
Pour se protéger physiquement, on porte des amulettes sacrées ou on se fait tatouer des Sak Yant. C’est une armure spirituelle contre la malchance, les accidents et les attaques occultes.
Les Cérémonies d’apaisement
Avant de construire un immeuble, d’acheter une nouvelle voiture ou de tourner un film, on organise une cérémonie pour informer et apaiser les entités surnaturelles. Ignorer cela, c’est s’exposer à la faillite ou à des accidents mystérieux.

Les Tabous : Guide de survie pour ne pas énerver les fantômes
Si tu veux éviter les ennuis (ou juste ne pas passer pour un touriste irrespectueux), voici les règles d’or liées aux superstitions locales :
- Ne siffle jamais la nuit : C’est l’interdit n°1. Siffler revient à appeler les mauvais esprits pour qu’ils viennent à toi.
- Ne dis pas « j’ai faim » ou « je suis fatigué » dans la jungle : Les esprits de la forêt (Chao Pa) pourraient t’entendre, te trouver faible et te rendre malade ou te perdre.
- Ne sens pas les fleurs d’offrande : Si tu vois de belles fleurs de jasmin destinées à un autel, ne les mets pas à ton nez. C’est comme voler la nourriture des dieux.
- Ne regarde pas entre tes jambes : Une vieille croyance dit que si tu te penches en avant et regardes entre tes jambes vers l’arrière, tu verras le monde des esprits (et donc les fantômes). À tes risques et périls !
- Ne dors pas face à l’Ouest : C’est la direction des morts.
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FAQ : Le culte des esprits en Thaïlande
Oui, très majoritairement. Même chez les jeunes urbains modernes de Bangkok, la peur des Phi reste ancrée. Beaucoup refusent de dormir seuls dans une chambre d’hôtel réputée « hantée » ou évitent certains lieux la nuit. C’est une peur culturelle profonde transmise dès l’enfance.
Absolument. Le sanctuaire de Wat Mahabut à Bangkok (quartier Phra Khanong) est ouvert au public. C’est un lieu très atmosphérique. Tu verras des gens offrir des robes traditionnelles, des jouets pour son enfant, et allumer de l’encens. C’est une expérience culturelle intense, loin des sentiers battus.
Le Phi est un terme générique pour esprit/fantôme (souvent issu de l’animisme). Le Preta (ou Phi Pret) vient spécifiquement de la cosmologie bouddhiste. Ce sont les « fantômes affamés », des âmes damnées en enfer, représentées comme des géants très maigres avec une bouche minuscule, punis pour leur avidité dans leur vie passée. On les célèbre lors du festival des fantômes (Sat Duan Sip).


