Si tu restes assez longtemps au Pays du Sourire, tu finiras inévitablement par recevoir une invitation. Que ce soit une enveloppe rose pour des noces, ou une carte sobre pour des obsèques, ces événements ne sont pas de simples formalités.
En Thaïlande, la vie est perçue comme un cycle, le Samsara. Ces étapes clés sont des moments où le spirituel et le social fusionnent, où le karma se joue et où la communauté se soude. De la tête rasée du novice au feu de la crémation, je t’emmène dans les coulisses de ces cérémonies traditionnelles pour décrypter l’âme thaïlandaise.
L’Ordination (Buat Nak) : Le renoncement suprême pour devenir un « homme mûr »
C’est sans doute le rite le plus dépaysant pour nous, Occidentaux. Ici, un homme n’est pas considéré comme socialement « complet » ou « mûr » (Suk) tant qu’il n’a pas porté la robe safran, ne serait-ce que pour deux semaines.
Pourquoi entrer dans les ordres ?
Ce n’est pas nécessairement une vocation à vie. C’est un rite de passage temporaire, souvent réalisé vers 20 ans, avant le mariage. Le but profond ? Payer sa dette spirituelle, le Bunkhun, envers ses parents. Dans la croyance bouddhiste, le mérite immense généré par l’ordination est transféré à la mère, lui assurant une meilleure réincarnation. C’est l’acte de piété filiale ultime.
La cérémonie : Du Prince au Bhikkhu
Le rituel est une reconstitution théâtrale de la vie du Bouddha :
- La purification (Plong Phom) : La famille et les anciens coupent symboliquement les cheveux et les sourcils du futur moine. C’est le renoncement à la vanité et à l’apparence physique.
- Le « Nak » (Naga) : Le jeune homme est ensuite habillé de blanc et d’or, paré de bijoux. Il incarne le Prince Siddhartha avant son éveil.
- La procession festive (Hae Nak) : C’est le moment du Sanuk (plaisir) ! On emmène le Nak au temple (Wat) sur les épaules, accompagné d’une fanfare assourdissante, de danseurs et souvent d’alcool pour les invités laïcs. Les esprits sont témoins de sa joie.
- L’entrée dans le Bot : Le calme revient instantanément. Il franchit le seuil du sanctuaire, change ses habits de prince pour la tunique monastique, prononce ses vœux en Pali (langue sacrée) devant l’assemblée des moines (le Sangha). Il est désormais un Phra, un être vénérable que même ses parents salueront avec respect.

Le Mariage (Taeng Ngan) : L’union des familles et l’eau sacrée
Le mariage thaïlandais traditionnel est un mélange fascinant de rituels brahmaniques (hindouistes) et bouddhistes. Oublie la mairie, ce qui compte ici, c’est la bénédiction sociale et spirituelle.
Le mérite du matin
Avant la fête, tout commence à l’aube par une cérémonie religieuse. Les mariés offrent de la nourriture aux moines (souvent 9, chiffre auspicieux). En retour, les moines chantent des mantras et bénissent le couple avec de l’eau lustrale pour assurer la prospérité du foyer.
Le Khan Maak : La procession des offrandes
Le marié et sa famille marchent vers la maison de la mariée en portant des plateaux dorés remplis d’offrandes : fleurs, desserts symbolisant l’amour éternel (comme le Thong Yod), et argent. C’est une parade joyeuse, rythmée par des cris de victoire (« Hoooo-Hi-Hoooo ! »).
Les « Portes » (Pratoo) : L’épreuve du marié
C’est mon moment préféré ! Pour atteindre sa promise, le marié doit franchir des barrières symboliques (ceintures d’or ou d’argent) tenues par les proches de la mariée. À chaque porte, il doit négocier son passage, payer un droit d’entrée (enveloppes d’argent) ou réussir un gage loufoque (chanter, déclarer sa flamme à tue-tête). Cela prouve sa détermination et sa capacité financière à s’occuper de son épouse.
Le Rod Nam Sang : Le sacre de l’eau
C’est l’apogée du rituel. Les mariés sont agenouillés, mains jointes. Ils sont reliés par un fil de coton blanc (Sai Monkhon) posé en couronne sur leur tête, symbolisant leur union tout en gardant leur individualité. Les aînés et invités défilent pour verser de l’eau sacrée issue d’une conque sur leurs mains. C’est un geste de purification et de bénédiction.
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Les Funérailles (Ngan Sop) : Accompagner l’âme vers sa renaissance
En Occident, la mort est un sujet tabou, sombre et privé. En Thaïlande, les obsèques sont un événement communautaire majeur qui peut durer 3, 5 ou 7 jours.
L’ambiance : Entre deuil et convivialité
La mort est vue comme une transition, un changement d’état, pas une fin absolue. Bien sûr, le chagrin est là, mais l’ambiance générale est celle d’une réunion sociale. Chaque soir, des moines viennent réciter les Abhidhamma (enseignements supérieurs). Après les prières, on sert des repas, on discute, on joue parfois aux cartes. Il est crucial que l’atmosphère reste légère pour que l’esprit du défunt ne s’inquiète pas et puisse se détacher sereinement de ce monde.
La crémation : Le dernier adieu
C’est l’aboutissement du rite. Le cercueil, souvent décoré de motifs complexes, est emmené vers le four crématoire du temple. C’est un moment solennel. Les invités montent un par un déposer une fleur de bois de santal (Dok Mai Chan) sous le cercueil. Ce geste symbolise le bois nécessaire au bûcher funéraire. La fumée qui s’élève marque la libération de l’âme vers sa prochaine existence.
Conclusion
Participer à ces rites de passage est la meilleure façon de toucher du doigt l’âme thaïlandaise. Tu y verras que malgré la modernité, les liens du sang, la révérence envers les ancêtres et la loi du karma restent les piliers inébranlables de la société. Que ce soit pour célébrer une ordination, une union ou un départ, le but est toujours le même : créer de l’harmonie sociale et accumuler du mérite collectif.
FAQ : Les rites de passage en Thaïlande
Oublie la liste de mariage ou le vase en cristal ! Ici, la coutume est d’offrir de l’argent liquide. À l’entrée de la salle de réception, on te remettra une enveloppe (ou tu utilises celle de l’invitation). Glisses-y des billets (généralement 500 ou 1000 THB selon ton lien avec les mariés et le standing du lieu) et dépose-la dans la boîte décorée prévue à cet effet. C’est ce don qui aide à payer le festin !
C’est très variable ! Cela dépend du statut social, de l’éducation et de la région d’origine de la mariée. Cela peut aller de 50 000 THB à plusieurs millions de bahts pour la haute société. Avec les étrangers, de nombreuses familles modernes acceptent de ne faire qu’une présentation symbolique de l’argent lors de la cérémonie, sans le conserver ensuite.
Oui, c’est généralement accepté et même courant, les Thaïlandais documentent beaucoup ces événements pour la mémoire familiale. Cependant, la discrétion est de mise. Utilise un zoom, ne te place pas entre les moines et le cercueil, et évite absolument les selfies souriants ou les poses inappropriées devant le bûcher. Le respect du deuil prime avant tout.


