Oublie tout ce que tu sais sur les fantômes. En Occident, ils sont pâles, effrayants et traînent des chaînes dans des châteaux humides. En Thaïlande, et plus précisément dans la petite ville de Dan Sai, les fantômes portent des couleurs néon, des masques géants hilarants et dansent la techno locale sous un soleil de plomb ! 👻
Bienvenue au festival de Phi Ta Khon (ผีตาโขน), l’événement le plus célèbre de la province de Loei.
Pendant trois jours, cette petite bourgade tranquille se transforme en une fête gigantesque où les esprits se mêlent aux vivants non pas pour les hanter, mais pour célébrer la vie, la fertilité et la pluie.
Une légende bouddhiste devenue un carnaval fou
Mais pourquoi des fantômes viendraient-ils faire la fête ? L’origine de ce festival est un mélange fascinant de bouddhisme et de croyances animistes locales.
La légende raconte l’histoire de l’avant-dernière incarnation du Bouddha, le prince Vessantara. Il était parti en exil si longtemps que tout le monde le croyait mort. Lorsqu’il est finalement revenu dans son royaume, la joie de ses sujets était si immense et bruyante qu’elle a, dit-on, réveillé les morts ! Les esprits de la forêt et les fantômes, curieux et eux aussi ravis, sont sortis de leur cachette pour se joindre au cortège et accompagner le prince.
Le nom « Phi Ta Khon » viendrait d’ailleurs de « Phi Tam Khon », qui signifie « les fantômes qui suivent les gens« . Aujourd’hui, les habitants de Dan Sai recréent ce cortège mythique chaque année, invitant les esprits à parader avec eux pour s’assurer que la pluie tombera en abondance pour la saison du riz.
Les Masques lors de Phi Ta Khon
Ce qui rend ce festival si iconique, ce sont les costumes. Les villageois passent des mois à fabriquer des masques impressionnants. Et quand on regarde de près, c’est du pur génie du recyclage !
La partie haute du masque, cette sorte de grand chapeau, est faite d’un « Huad », le panier en bambou traditionnel utilisé pour cuire le riz gluant à la vapeur. La face du masque est taillée dans une base de feuille de cocotier, sur laquelle on peint des visages grimaçants mais souriants, avec de longs nez crochus.
Le tout est assemblé et peint avec des couleurs vives, fluo et modernes. Chaque « fantôme » porte aussi une tenue faite de lambeaux de tissus colorés cousus ensemble. Le but ? Être le plus visible et le plus bruyant possible grâce aux cloches de vache (Mak-ka-lang) attachées à la ceinture qui résonnent à chaque pas de danse. C’est un spectacle visuel hallucinant !

Le déroulement de Phi Ta Khon : Trois jours de transe et de traditions
Le festival de Phi Ta Khon fait partie d’une grande fête du mérite appelée « Bun Luang » et s’étale sur trois jours intenses.
Le premier jour est consacré à l’invocation. Les habitants se rassemblent très tôt (avant l’aube) pour inviter l’esprit de la rivière Mun, Phra Upakut, à venir protéger le festival. C’est mystique, calme, avant que la folie ne commence. Ensuite, les premiers « fantômes » commencent à sortir dans les rues pour taquiner les passants.
Le deuxième jour est le clou du spectacle. C’est la grande parade ! Imagine des milliers de Phi Ta Khon qui dansent dans les rues sous une chaleur écrasante, accompagnés de chars, de musiciens et de danseurs traditionnels. L’énergie est incroyable. C’est aussi ce jour-là que l’on tire des fusées en bambou vers le ciel pour réclamer la pluie aux dieux.
Enfin, le troisième jour est purement religieux. Les villageois se rassemblent au temple, le Wat Phon Chai, pour écouter les moines réciter les treize sermons de la vie du Prince Vessantara. C’est un retour au calme. Les masques sont souvent jetés dans la rivière Man à la fin du festival pour « laisser partir » le malheur et les soucis de l’année passée (bien que maintenant, beaucoup les gardent ou les vendent comme souvenirs car ils sont devenus des objets d’art).
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Infos pratiques pour participer à Phi Ta Khon
C’est là que ça se complique pour l’organisation. Le Phi Ta Khon n’a pas de date fixe dans notre calendrier. Il a lieu généralement en juin ou juillet.
La date exacte est décidée par les médiums de la ville (les Jao Por Guan) seulement quelques semaines à l’avance ! Si tu veux y aller, il faut surveiller de très près les annonces de l’Office du Tourisme de Thaïlande à partir du mois de mai.
L’événement se passe à Dan Sai, dans la province de Loei. C’est une région montagneuse magnifique mais isolée. Pour y aller, le mieux est de prendre un bus ou un avion jusqu’à Loei ou Phitsanulok, puis de louer une voiture ou de prendre un bus local.
Réserve ton hébergement dès que les dates sortent. Dan Sai est une toute petite ville et elle est prise d’assaut. Beaucoup de gens doivent dormir à Loei (à 1h30 de route) et faire l’aller-retour.
FAQ : Préparer son voyage au Carnaval des Fantômes
Pas du tout ! Au contraire, c’est très ludique. Les masques sont colorés, souriants et rigolos. Les « fantômes » passent leur temps à faire des blagues, à danser et à poser pour les photos. C’est une ambiance de kermesse géante, pas de maison hantée. Les enfants adorent généralement l’énergie et les costumes.
Oui, c’est le souvenir ultime ! Tu trouveras de nombreux artisans qui vendent des masques complets ou des miniatures dans les rues de Dan Sai pendant le festival. C’est un superbe objet de décoration. Compte entre 800 et 3000 THB selon la taille et la qualité de la peinture.
Absolument. Loei est une province magnifique, souvent appelée la « petite Suisse » de Thaïlande pour ses montagnes et sa fraîcheur (en hiver). Profites-en pour visiter le parc national de Phu Kradueng (très populaire pour le trekking) ou la ville charmante de Chiang Khan avec ses maisons en bois au bord du Mékong.
Non, viens comme tu es, mais privilégie des vêtements légers et confortables car il fait souvent très chaud et humide en juin/juillet. Si tu veux te fondre dans la masse, beaucoup de visiteurs portent des t-shirts colorés ou des motifs traditionnels de l’Isan (tissus à carreaux Pa-Khao-Ma).


