Lorsque l’on évoque la Thaïlande, l’image d’une société patriarcale asiatique vient souvent à l’esprit. Pourtant, la réalité est bien plus nuancée. Le « Pays du Sourire » dépeint une image complexe de la femme, où tradition et modernité s’entremêlent, offrant des libertés et des défis qui surprennent souvent les visiteurs occidentaux.
Loin des clichés et des images réductrices, les femmes thaïlandaises occupent des rôles économiques et sociaux souvent très influents. Elles sont à la fois gardiennes des traditions familiales et actrices dynamiques de l’économie. Mais cette apparente liberté masque parfois des inégalités persistantes et des attentes sociétales fortes.
Plongeons au cœur de cette dualité pour comprendre le statut des femmes dans la Thaïlande d’aujourd’hui, des rizières aux gratte-ciel de Bangkok.
Un matriarcat informel : Le pouvoir financier et familial
Contrairement à de nombreuses cultures asiatiques où le fils aîné est l’héritier privilégié, en Thaïlande, c’est souvent la fille aînée qui est désignée pour prendre soin des parents âgés et hériter des biens familiaux (terre, maison, commerce). Cette tradition lui confère un rôle central et une influence considérable au sein de la famille.
De plus, les femmes thaïlandaises sont des actrices économiques majeures. Elles gèrent souvent les finances du foyer, sont très présentes dans le commerce de détail, les marchés, l’hôtellerie et les PME. On voit de nombreuses entrepreneuses prospères, et les femmes sont des gestionnaires réputées pour leur pragmatisme et leur sens aigu des affaires.
Elles détiennent également une grande part des comptes bancaires, ce qui leur confère une autonomie financière souvent sous-estimée. Cette prédominance économique et familiale leur donne une forme de matriarcat informel au quotidien, même si le père reste souvent le chef de famille « officiel ».
Éducation et Carrière : Des opportunités croissantes pour les femmes thaïlandaises
La Thaïlande a fait des progrès significatifs en matière d’accès à l’éducation pour les femmes. Les taux de scolarisation sont élevés, et les filles réussissent souvent aussi bien, sinon mieux, que les garçons. Elles sont très présentes dans l’enseignement supérieur, notamment dans des filières traditionnellement féminines comme l’éducation, la santé, le tourisme, mais aussi de plus en plus dans les domaines scientifiques et technologiques.
Sur le marché du travail, les femmes occupent une part importante des emplois et grimpent les échelons dans de nombreux secteurs. On trouve des femmes à des postes de direction dans les entreprises privées, dans la fonction publique et même en politique (bien que leur représentation reste faible au niveau national). La Thaïlande a même eu une femme Premier ministre, Yingluck Shinawatra, démontrant que le « plafond de verre » n’est pas infranchissable.

Défis et inégalités : La face cachée
Malgré ces avancées, la société thaïlandaise n’est pas exempte de ses propres défis en matière d’égalité des sexes.
- Violences domestiques : Comme dans de nombreux pays, les violences conjugales restent un problème persistant, souvent sous-déclaré en raison de la pression sociale et de la honte. Des efforts sont faits pour sensibiliser et protéger les victimes, mais le chemin est encore long.
- Discrimination au travail : Si les femmes sont nombreuses dans la vie active, elles sont encore souvent confrontées à des inégalités salariales ou à des difficultés à accéder aux postes les plus élevés dans certains secteurs très masculins. La conciliation vie professionnelle/vie familiale reste un défi, même si l’aide familiale (grands-parents, tantes) est très courante.
- Pression esthétique et sociale : La pression pour être « belle » selon les coutumes locales (peau claire, silhouette fine) est très forte. L’industrie de la beauté et de la chirurgie esthétique est florissante. Les femmes peuvent aussi être victimes de jugements sévères si elles ne se conforment pas à certaines attentes sociales (par exemple, se marier et avoir des enfants à un certain âge).
- La question du genre et des minorités sexuelles : La Thaïlande est souvent perçue comme très tolérante envers la communauté LGBTQ+. Si les Kathoey (personnes transgenres) sont visibles et acceptées dans certains aspects de la société, l’égalité des droits n’est pas encore totale et les préjugés persistent. Les femmes lesbiennes ou bisexuelles peuvent également faire face à des pressions spécifiques.
La « Keng Jai » et le rôle des apparences
Un concept clé pour comprendre les relations sociales en Thaïlande est la « Keng Jai ». Cela se traduit par une forme de considération extrême pour les sentiments d’autrui, une réticence à imposer, à déranger ou à causer un embarras. Les femmes, en particulier, sont souvent socialisées pour exprimer cette Keng Jai qui, si elle maintient l’harmonie sociale, peut parfois empêcher l’expression de revendications ou de besoins personnels.
L’importance des apparences et de l’harmonie est fondamentale. Le sourire thaïlandais, même dans l’adversité, fait partie de cette culture de la « Face » où les émotions négatives sont souvent masquées en public. Cela peut rendre difficile pour un étranger de percevoir les défis réels auxquels les femmes sont confrontées.
Conclusion
La place de la femme dans la société thaïlandaise est un patchwork de forces et de vulnérabilités. Elles sont des piliers économiques et familiaux, bénéficient d’un bon accès à l’éducation et ont des opportunités de carrière. Mais elles doivent aussi naviguer dans un système qui, malgré sa modernité, conserve des éléments patriarcaux, des pressions sociales et des inégalités.
Observer et comprendre ces nuances permet de dépasser les clichés et d’apprécier la complexité et la résilience des femmes thaïlandaises, véritables architectes silencieuses de leur société.
FAQ : La place de la femme dans la société thaïlandaise
Oui, souvent. Une femme occidentale peut être perçue comme plus indépendante et moins soumise aux normes sociales thaïlandaises. Elle peut aussi, malheureusement, être parfois la cible de préjugés liés à l’image des femmes étrangères véhiculée par l’industrie du sexe. Le respect des coutumes locales reste la clé pour être respectée en retour.
Absolument. Il est très courant pour les jeunes femmes thaïlandaises de travailler et vivre seules en ville, ou de voyager (par exemple, pour étudier à l’étranger). L’autonomie est valorisée.
Oui, c’est de plus en plus fréquent, surtout dans les zones touristiques et les grandes villes. Ces mariages soulèvent parfois des questions d’intégration culturelle et de différences de génération, mais beaucoup de couples réussissent à construire des vies harmonieuses.
Oui, des mouvements et des organisations militent pour l’égalité des sexes, la lutte contre la violence et la reconnaissance des droits des femmes (et des personnes LGBTQ+). Leur approche est souvent plus axée sur le dialogue et le consensus que sur la confrontation, en accord avec la culture thaïlandaise.


