Tu viens d’atterrir à Bangkok, tu montes dans un taxi et tu entends le chauffeur parler sur son téléphone : « Mee Farang… » (J’ai un Farang). Tu vas au marché, et la vendeuse crie à sa voisine : « Farang yak dai… » (Le Farang veut…). Pas de panique, tu n’es pas insulté ! Tu viens simplement d’être catégorisé.
En Thaïlande, peu importe ton prénom, ton métier ou ta personnalité : tu es avant tout un Farang (ฝรั่ง). Ce mot désigne les Occidentaux à peau blanche. Mais est-ce affectueux ? Descriptif ? Ou un peu moqueur ? C’est un concept complexe qui définit toute la relation entre les Thaïlandais et les visiteurs de l’Ouest.
Allez, je t’explique pourquoi tu es un Farang et comment bien le vivre !
Origine du mot « Farang » : D’où ça vient ?
C’est un débat qui anime les linguistes (et les expats au bar) depuis des décennies. Il y a deux théories principales :
- La piste Française (« Farangset ») : C’est la plus probable. Au 17ème siècle, les Français (envoyés par Louis XIV) étaient très présents à la cour d’Ayutthaya. Les Siamois n’arrivant pas à prononcer « Français », cela serait devenu « Farangset », puis raccourci en « Farang » pour désigner tous les Blancs.
- La piste Persane (« Faranji ») : Les commerçants perses utilisaient le mot « Faranji » (Francs) pour désigner les Européens lors des croisades. Le mot aurait voyagé jusqu’au Siam.
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, le mot englobe tout le monde : Américains, Européens, Australiens… Si tu es blanc, tu es Farang.
Est-ce péjoratif ou raciste ? La grande question
C’est la question que tous les nouveaux arrivants se posent. Quand on me pointe du doigt en disant « Farang », est-ce qu’on se moque de moi ?
La réponse courte : Non, généralement pas. Pour les Thaïlandais, c’est un terme descriptif neutre. Ils ont besoin de catégoriser. Il y a les Khon Thai (Thaïlandais), les Khon Jeen (Chinois), les Khon Yipun (Japonais)… et les Farang (Occidentaux). C’est utilisé par commodité. Au lieu de dire « L’homme grand avec un t-shirt bleu qui vient probablement de Belgique », c’est plus simple de dire « Le Farang ».
La nuance : Tout dépend du ton et de l’adjectif qui suit.
- Farang Jai Dee (Farang au bon cœur) = Compliment.
- Farang Kee Nok (Farang « caca d’oiseau ») = C’est l’insulte suprême. Cela désigne le touriste « cheap », sale, radin, qui se comporte mal et ne respecte pas la culture. Celui qui ressemble aux excréments d’oiseaux (blanc et sale).
Quand j’étais étudiant, mes professeurs m’appelaient souvent « Farang » au lieu de mon prénom, même après 6 mois ! Au début, ça m’agaçait. J’avais l’impression de n’être qu’une couleur de peau. Puis j’ai compris que c’était affectueux dans leur bouche, comme un surnom. Le jour où ils m’ont appelé par mon prénom thaï, j’ai su que j’étais vraiment intégré.

La vie de Farang : Privilèges et « Double Pricing »
Être Farang en Thaïlande, c’est un statut particulier qui vient avec des avantages… et un inconvénient majeur pour ton portefeuille.
Le mythe du Farang riche
Dans l’imaginaire collectif (surtout chez les générations plus âgées), Farang = Riche. Point barre. Même si tu es un étudiant fauché ou un backpacker au budget serré, tu es perçu comme plus riche que le local moyen.
- Conséquence positive : Tu es souvent traité avec déférence, on te pardonne tes erreurs (le fameux Jai Dee), et on t’invite facilement.
- Conséquence négative : Le « Farang Price ».
Le système du double tarif (Dual Pricing)
Tu le verras dans les parcs nationaux, les temples ou les musées.
- Prix pour les Thaïs : 40 Bahts.
- Prix pour les Farangs : 400 Bahts. C’est officiel, affiché (parfois les prix thaïs sont écrits en chiffres thaïs pour que tu ne puisses pas comparer), et institutionnalisé. Ça énerve beaucoup d’expats, mais c’est la règle du jeu. Le touriste subventionne l’entretien des lieux pour les locaux.
Profite des meilleurs prix et évite les files d’attentes !
Réserve ton activitéComment ne pas être un « Farang Kee Nok » ? (Guide de bonne conduite)
Tu veux être le « Bon Farang », celui qui est apprécié et respecté ? Voici comment te démarquer des autres touristes irrespectueux.
- L’habillement : Ne te balade pas torse nu en ville ou en bikini dans les magasins. Pour les Thaïlandais, c’est le comble de la vulgarité. Habille-toi « propre » (Riap Roi).
- Le calme (Jai Yen) : Ne crie jamais. Un Farang qui s’énerve, qui hurle pour une erreur de commande ou une arnaque de 20 bahts, perd instantanément la face et le respect de tous ceux qui l’entourent.
- Le sourire : Utilise-le comme une arme. Un sourire désarme toutes les situations tendues.
- L’effort linguistique : Juste dire « Sawadee krap » et « Khop Khun krap » avec un beau Wai montre que tu n’es pas un conquérant, mais un invité.
Tu ne seras jamais Thaïlandais. Même si tu apprends la langue, que tu manges épicé et que tu vis là-bas depuis 20 ans, tu resteras un Farang. Et c’est très bien comme ça !
La Thaïlande est l’un des pays les plus accueillants au monde pour les étrangers. Accepte ce surnom avec le sourire, paie tes 20 bahts de plus sans râler, et profite de la bienveillance incroyable que ce peuple offre à ses « étrangers blancs » préférés. 😜
FAQ : Tout sur les Farangs
En tant que touriste de passage, c’est difficile. Si tu es résident (expatrié), présenter ton Permis de Conduire Thaïlandais ou ton Work Permit fonctionne parfois (mais pas toujours !) pour obtenir le prix local dans les parcs nationaux. Parler quelques mots de thaï aide aussi à montrer que tu n’es pas un simple touriste.
Parce qu’ils trouvent ça mignon ! Entendre un étranger utiliser le terme local pour se désigner lui-même montre que tu connais la culture et que tu as de l’autodérision. C’est un excellent moyen de briser la glace.
Oui, ça arrive souvent, surtout au début de la relation ou pour te taquiner. Ce n’est pas méchant. C’est un peu comme si tu l’appelais « ma petite Thaïe ». Avec le temps, elle utilisera probablement ton prénom ou des surnoms affectueux comme Tirak (Chéri).


