Oublie tout ce que tu sais sur la danse occidentale. Ici, pas de sauts périlleux ni de pirouettes rapides. La danse classique thaïlandaise est un art de la retenue, de la précision et de la fluidité. C’est un spectacle total où les costumes pèsent des kilos d’or et de broderies, où la musique des xylophones tinte comme du cristal.
Ces arts, autrefois réservés exclusivement aux yeux du Roi dans l’enceinte du Grand Palais, sont aujourd’hui accessibles à tous. Mais pour ne pas juste voir « de jolies filles qui bougent lentement », il faut en comprendre les codes.
Origine de la danse classique thaïlandaise
Avant d’être un divertissement, la danse thaïlandaise était un acte sacré, fortement influencé par l’Inde antique.
Le socle de presque toutes les danses classiques est le Ramakien. C’est la version thaïlandaise de l’épopée indienne du Ramayana. Pour faire très simple : c’est l’histoire du prince Rama (le bien) qui tente de sauver sa femme Sita, enlevée par le méchant roi-démon Tosakanth, avec l’aide du dieu-singe Hanuman.
Pendant des siècles, ces danses étaient des rituels pour honorer les dieux hindous et bouddhistes, ou pour divertir la cour royale d’Ayutthaya puis de Bangkok. Les danseurs étaient considérés comme des intermédiaires entre le ciel et la terre.
Le Khon (โขน) : Le théâtre masqué épique
C’est la forme la plus spectaculaire, la plus masculine et la plus « bruyante » de la danse classique.
C’est quoi ? Le Khon est un théâtre dansé masqué. Historiquement, tous les rôles étaient tenus par des hommes (même ceux des femmes !). Les danseurs qui jouent les démons (Yak) et les singes (Ling) portent des masques intégraux magnifiquement décorés. Comme ils ne peuvent pas parler, l’histoire est racontée par un chœur de chanteurs sur le côté de la scène. Seuls les personnages humains ou divins ne portent pas de masque, mais une coiffe pointue dorée (Chada).
C’est dynamique ! Le Khon met souvent en scène de grandes batailles entre l’armée des singes et celle des démons. C’est très physique, demandant une force incroyable dans les jambes pour maintenir des poses accroupies pendant longtemps. C’est le « blockbuster » de la danse traditionnelle.
Le Lakhon (ละคร) : La grâce féminine incarnée
Si le Khon est la force, le Lakhon est la grâce. C’est la forme de danse que tu verras le plus souvent dans les dîners-spectacles ou les hôtels.
C’est un drame dansé, traditionnellement interprété par des femmes (surtout le Lakhon Nai, qui était joué uniquement par les femmes du harem royal). Contrairement au Khon, les danseuses ne portent pas de masques et chantent/parlent parfois, bien que l’essentiel passe par la gestuelle.
L’ambiance : C’est fluide, hypnotique, presque aquatique. Les mouvements sont d’une lenteur calculée. Les costumes sont extrêmement élaborés, moulants le haut du corps et s’évasant vers le bas, donnant aux danseuses l’apparence de créatures célestes (Apsaras). Le Lakhon raconte des contes romantiques, des légendes folkloriques ou des histoires bouddhistes.
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Réserve ton activitéLe langage secret des mains (Mudras)
C’est le secret pour comprendre la danse thaïe. Ce n’est pas juste « joli ». C’est un langage des signes.
Les danseuses utilisent des Mudras (gestes des mains hérités de l’Inde).
- Une main ouverte pointée vers le bas peut signifier « la terre ».
- Deux mains croisées sur la poitrine signifient « l’amour ».
- Un index pointé qui tremble signifie « la colère ».
Tu remarqueras que les doigts des danseuses se recourbent vers l’arrière de manière presque surnaturelle. C’est le signe ultime de beauté et de maîtrise dans la danse thaïe. C’est le résultat d’années d’entraînement (douloureux) depuis l’enfance pour assouplir les articulations.
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Au-delà du classique : Les danses folkloriques régionales en Thaïlande
La Thaïlande est vaste. À côté du Khon et du Lakhon (qui sont les arts de la cour centrale), chaque région a son style, souvent plus joyeux et lié à la vie agricole.
- Le Nord (Lanna) : Connu pour la « Danse des ongles » (Fawn Leb). Les danseuses portent de longs faux ongles dorés en métal de 15 cm. C’est très lent et élégant.
- Le Nord-Est (Isan) : C’est beaucoup plus rapide et fun ! La musique est rythmée (le fameux Mor Lam), et les danses célèbrent la récolte du riz ou la pluie (Serng).
FAQ : Les spectacles de danses classiques thaïlandaises
Pour une expérience authentique et grandiose, le Sala Chalermkrung Royal Theatre dans la vieille ville est la référence historique. Ils proposent des spectacles de haute volée avec des costumes et décors incroyables. C’est une sortie culturelle majeure.
Tu as souvent vu ça au Erawan Shrine à Bangkok. Des danseuses y performent toute la journée devant la statue de Brahma. C’est une forme de Lakhon Chatri (plus ancien et folklorique). Les gens paient la troupe pour qu’elle danse quelques minutes en offrande aux dieux pour les remercier d’un vœu exaucé (gagner à la loterie, obtenir un job, etc.).
C’est un orchestre classique thaïlandais appelé Piphat. Il est composé principalement d’instruments à percussion (xylophones en bois ou métal appelés Ranat, gongs) et d’un instrument à vent très aigu, sorte de hautbois (Pi), qui donne cette sonorité nasillarde si caractéristique.


