Tu es au bureau, c’est lundi matin, l’ambiance est morose et tout le monde est concentré sur son écran. Ça, c’est l’Occident. Maintenant, téléporte-toi dans un bureau thaïlandais : ça papote, ça partage des snacks toutes les heures, ça rit fort d’une blague du patron, et il y a probablement une peluche sur l’imprimante. Bienvenue dans le monde du Sanuk (สนุก).
Ce petit mot, qu’on traduit souvent par « plaisir » ou « fun » est une règle de vie non écrite mais absolue : si ce n’est pas Sanuk, ça ne vaut pas la peine d’être fait.
En Thaïlande, le plaisir n’est pas une récompense qu’on s’offre après le travail (le week-end). C’est un ingrédient qui doit être présent pendant l’action, ici et maintenant. Prêt à injecter un peu de joie dans ton quotidien ? On plonge dans la psychologie du sourire.
Sanuk : Bien plus qu’un mot en Thaïlande
En Europe, on a tendance à séparer le sérieux (le travail, les responsabilités) du plaisir (les loisirs). En Thaïlande, cette frontière est floue, voire inexistante.
Le Sanuk, c’est l’art de trouver de la joie dans l’instant présent, quelle que soit la situation. C’est un mécanisme de défense culturel pour rendre la vie, qui peut être dure, plus supportable et agréable.
- C’est spontané : C’est une blague lancée au milieu d’une réunion tendue.
- C’est collectif : Le Sanuk se vit rarement seul. C’est le plaisir d’être ensemble, de partager un moment.
- C’est un critère de choix : Un Thaïlandais choisira souvent un emploi moins payé mais où l’ambiance est Sanuk, plutôt qu’un job bien payé mais stressant et austère.
Le Sanuk au travail : Le choc culturel des managers
C’est souvent là que les expatriés occidentaux s’arrachent les cheveux au début.
Imagine : tu es manager, tu essaies d’expliquer une procédure importante, et tes employés rigolent entre eux. Ta première réaction ? « Ils ne sont pas sérieux, ils ne m’écoutent pas ». Faux. Ils rendent simplement le moment « Sanuk ». La culture d’entreprise en Thaïlande est différente comparée à la France.
En Thaïlande, on injecte du jeu partout.
- Les pauses : Elles sont fréquentes et toujours sociales (et culinaires !).
- L’humour : Le taquinage gentil est constant.
- L’apparence : On décore son poste de travail, on porte des tenues colorées.
Si un environnement de travail devient trop sérieux, silencieux ou sous pression, les employés Thaïlandais vont dépérir, devenir moins productifs, et finiront par démissionner. Pour être efficace ici, il faut être un « Boss Jai Dee » (un patron au bon cœur) qui sait rire.
Le Sanuk dans la religion : Même les temples sont funs !
On pourrait croire que la religion est un domaine austère. Pas ici.
Si tu vas à une « Ngan Wat » (une fête de temple), tu seras surpris. Dans l’enceinte même du temple, à côté des moines qui prient, tu trouveras des manèges, des stands de tir à la carabine, des concerts de musique country (Luk Thung) à fond les ballons, des cinémas en plein air et des montagnes de nourriture.
Faire du mérite (Tam Boon) doit être une activité joyeuse. Si on s’ennuie en priant, le cœur n’y est pas, et le mérite est moindre. Le sacré et le Sanuk font très bon ménage.

Le « Sanuk » ne veut pas dire « Irresponsable »
C’est la nuance importante à saisir. Ce n’est pas parce que les Thaïlandais rient en travaillant qu’ils ne font pas le travail. Au contraire. Le Sanuk est le carburant qui permet d’endurer les tâches difficiles, la chaleur tropicale ou les bouchons de Bangkok.
C’est une forme de résilience optimiste. Plutôt que de se plaindre que la tâche est dure (ce qui ne la rendra pas plus facile), on choisit d’en rire pour la faire passer plus vite.
FAQ : Comprendre le Sanuk au quotidien
Oui, c’est même recommandé ! L’humour est le meilleur brise-glace. Si tu souris et que tu tentes une petite blague (même si tu ne parles pas la langue, l’humour de situation marche très bien), tu passes instantanément du statut d’étranger intimidant à celui de personne sympathique (Jai Dee).
Ce sont deux cousins très proches.
Sanuk = Fun, amusant, excitant (l’activité).
Sabai = Confortable, détendu, bien-être (l’état physique et mental). Le but ultime de la vie est d’être « Sabai Sabai » (très détendu) en faisant des choses « Sanuk ».
Le Sanuk ne doit jamais se faire aux dépens de quelqu’un d’autre de manière méchante. Si tu fais perdre la face à quelqu’un ou si tu deviens bruyant et agressif (souvent à cause de l’alcool), ce n’est plus du Sanuk, c’est impoli. L’harmonie du groupe reste la priorité.


