Le rôle des femmes dans le bouddhisme thaïlandais

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Dans les temples de Thaïlande, on voit souvent des femmes en blanc déposer des offrandes, balayer les cours ou méditer en silence. Leur présence est discrète, mais essentielle. Car si le bouddhisme thaïlandais reste historiquement dominé par les moines, les femmes en sont l’âme vivante : elles financent les temples, transmettent la foi et perpétuent les valeurs de compassion.

Pourtant, leur place dans la hiérarchie religieuse reste sporadique. Alors, quel est vraiment le rôle des femmes dans le bouddhisme thaïlandais ? Entre traditions, renouveau et défis, la réponse est bien plus nuancée qu’on ne le croit.

Les racines historiques : un rôle spirituel reconnu, mais pas monastique

Le bouddhisme Theravāda, pratiqué en Thaïlande, repose sur des textes anciens (le Vinaya Pitaka) qui fixent la discipline monastique.
À l’époque du Bouddha, des femmes pouvaient être ordonnées bhikkhunis (nonnes pleinement ordonnées).
Mais cette lignée s’est éteinte il y a plus de 1 000 ans dans la région.

Depuis, les femmes n’ont plus de reconnaissance officielle au sein du Sangha (communauté monastique).
Elles peuvent cependant devenir mae chi – des nonnes laïques vêtues de blanc qui suivent huit ou dix préceptes, vivent dans les temples et se consacrent à la méditation et à la prière.

Les “mae chi” : piliers silencieux du bouddhisme thaïlandais

Il existe environ 20 000 à 25 000 mae chi dans tout le pays.
Elles vivent dans les temples ou dans des monastères féminins, se lèvent avant l’aube pour méditer, réciter des sutras et entretenir les lieux sacrés.

Contrairement à la vie des moines, leur vie est simple, ascétique, souvent marquée par la solitude et la dévotion. Elles ne prêchent pas, mais elles enseignent la moralité soutiennent les communautés locales.

Certaines, comme Mae Chee Sansanee Sthirasuta, fondatrice du centre Sathira-Dhammasathan à Bangkok, ont réussi à donner une voix nouvelle aux femmes dans la spiritualité thaïlandaise, notamment en formant des jeunes filles à la méditation et à la pleine conscience.

Les femmes laïques : les gardiennes du mérite

Même sans robe blanche, la majorité des femmes thaïlandaises jouent un rôle central dans la vie religieuse thaïlandaise.
Elles sont souvent les premières à faire des offrandes aux moines, à organiser les cérémonies, à financer la construction des temples ou à accompagner leurs enfants dans les retraites spirituelles.

Le concept de “tham bun” (faire le mérite) est au cœur de leur engagement. Chaque acte de générosité – offrir du riz, aider un temple, participer à une fête bouddhiste – est perçu comme un accumulation de mérite spirituel bénéfique à leur famille et à leurs vies futures.

Les femmes et la méditation : vers une renaissance spirituelle

Depuis les années 2000, on observe une revalorisation du rôle spirituel féminin dans le bouddhisme thaïlandais.
De plus en plus de femmes – jeunes ou âgées – participent à des retraites de méditation Vipassanā. Elles ne cherchent pas à prouver quoi que ce soit, mais à vivre leur foi intérieurement, sans hiérarchie.

Certains monastères féminins, comme Wat Songdhammakalyani (province de Nakhon Pathom), ordonnent désormais des bhikkhunis, renouant avec une lignée monastique féminine disparue depuis plus de dix siècles. À l’image des moines, certaines femmes cherchent aujourd’hui à revivre l’expérience de l’ordination bouddhiste.

Obstacles, débats et espoirs

Les femmes bouddhistes en Thaïlande se heurtent encore à plusieurs freins :

  • Les mae chi n’ont pas le statut monastique officiel.
  • L’accès aux ressources, à l’éducation religieuse et à la reconnaissance publique reste limité.
  • Les femmes ne peuvent pas officier lors des grandes cérémonies religieuses nationales.

Mais les choses bougent. Le dialogue s’ouvre lentement au sein du Sangha et des universités bouddhistes. De nouvelles générations de Thaïlandaises éduquées, parfois formées à l’étranger, défendent une spiritualité équilibrée et inclusive.

Pour montrer cette évolution des mentalités, en 2023, plusieurs temples du nord de la Thaïlande ont organisé pour la première fois des journées de méditation dirigées uniquement par des femmes, un événement impensable il y a encore vingt ans.

La perception sociale des femmes bouddhistes

Dans la société thaïlandaise, les femmes qui choisissent la voie religieuse sont respectées pour leur pureté et leur dévouement, mais parfois perçues comme marginales. Leur choix de vie – chasteté, renoncement, solitude – contraste avec les valeurs familiales et communautaires traditionnelles du pays.

Cependant, de nombreuses jeunes femmes urbaines voient aujourd’hui dans le bouddhisme une voie d’émancipation intérieure, une façon de se reconnecter à soi dans une société en mutation rapide.

Pour conclure

Le rôle des femmes dans le bouddhisme thaïlandais est à la fois ancien, discret et en pleine transformation. De la femme laïque qui prépare les offrandes à la mae chi méditant à l’aube, jusqu’aux bhikkhunis modernes qui rouvrent la voie de l’ordination féminine, toutes contribuent à conserver et développer le souffle spirituel du royaume.

Si l’égalité religieuse entre les hommes et les femmes n’est pas encore atteinte, le mouvement est lancé.
Et dans la douce lumière des temples, entre encens et chants de sutras, la présence féminine continue d’incarner le cœur même du bouddhisme : la compassion, la sagesse et la patience.

FAQ – Rôle des femmes dans le bouddhisme en Thaïlande

Existe-t-il des écoles bouddhistes réservées aux femmes en Thaïlande ?

Oui, plusieurs institutions accueillent exclusivement des femmes. Les plus connues sont les écoles monastiques pour mae chi, qui forment à la discipline spirituelle, à la méditation et à la vie communautaire.

Comment la société thaïlandaise perçoit-elle les nonnes étrangères ?

Avec curiosité et respect. Les nonnes venues de l’étranger, souvent occidentales ou sri-lankaises, sont perçues comme des pionnières spirituelles. Elles participent à des retraites ou à des ordinations dans certains temples progressistes, notamment au Wat Songdhammakalyani. Leur présence favorise un échange interculturel entre la Thaïlande et les autres traditions bouddhistes, tout en sensibilisant les Thaïlandais à la question de l’égalité monastique internationale.

Les femmes thaïlandaises peuvent-elles enseigner le bouddhisme ?

Oui, mais de façon limitée. Elles peuvent diriger des centres de méditation, donner des cours de morale bouddhiste ou participer à des conférences spirituelles. Cependant, l’enseignement religieux officiel dans les temples et les universités bouddhistes reste majoritairement réservé aux moines ordonnés.

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Phu Chi Fa

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