Tu as peut-être remarqué, lors de tes balades à Bangkok, ces fresques murales infinies ou ces statues de géants menaçants appelés Yakshas. Ils ne sont pas là pour la décoration. Ils racontent tous le même récit : le Ramakien.
Considéré comme l’épopée nationale de la Thaïlande, ce texte littéraire monumental est la pierre angulaire de l’art, de la danse et même de la monarchie thaïlandaise. Bien que ses racines soient indiennes, la Thaïlande s’est approprié cette légende pour en faire une œuvre unique, reflet de son identité propre.
Mais quelle est cette histoire où des singes magiques combattent des démons à dix têtes ? Plongeons ensemble dans la version thaïe du Ramayana, une saga où se mêlent amour, guerre, magie et loyauté.
Des racines indiennes à l’âme siamoise
Pour comprendre le Ramakien, il faut regarder vers l’Ouest, direction l’Inde. Il s’agit en effet d’une adaptation du Ramayana, un poème épique sacré de l’hindouisme écrit en sanskrit par le sage Valmiki il y a plus de 2000 ans.
Cependant, ne dis jamais à un Thaïlandais que c’est « juste une copie » ! Au fil des siècles, et particulièrement sous le règne du roi Rama Ier (le fondateur de la dynastie actuelle), l’histoire a été réécrite et transformée.
Les différences sont subtiles mais cruciales :
- Le décor : L’action ne se passe plus en Inde, mais dans une géographie qui ressemble à la Thaïlande (Ayutthaya).
- Les valeurs : Le Ramakien met l’accent sur les codes de conduite bouddhistes et la glorification de la monarchie.
- Les personnages : Ils sont plus nuancés. Par exemple, le héros Hanuman est beaucoup plus « humain », séducteur et espiègle dans la version thaïlandaise que le dieu célibataire et dévot de la version indienne.
C’est donc une œuvre syncrétique, un pont parfait entre la mythologie hindoue et la culture bouddhiste thaïlandaise.
L’Histoire : La lutte éternelle du bien contre le mal
Accroche-toi, le scénario est digne d’une superproduction hollywoodienne. L’histoire tourne autour de la bataille entre le Bien et le Mal.
Le protagoniste est Phra Ram (l’avatar du dieu Vishnou réincarné sur Terre). C’est le prince idéal, l’incarnation de la vertu. Il est banni de son royaume par une intrigue de palais et part vivre en exil dans la forêt avec sa magnifique épouse, Nang Sita (symbole de pureté), et son frère loyal, Phra Lak.
Le drame éclate lorsque le méchant de l’histoire, Tosakan, le roi démon de l’île de Langka (le Sri Lanka actuel), tombe amoureux de Sita. Il l’enlève et l’emmène dans son palais forteresse.
Une guerre totale se déclare. Phra Ram, ne pouvant gagner seul, s’allie avec une armée de singes magiques dirigée par le général Hanuman. S’ensuivent des batailles épiques, des ponts construits avec des pierres flottantes et des duels magiques, jusqu’à la victoire finale de Phra Ram et la libération de Sita.

Les personnages clés du panthéon thaïlandais
Pour ne pas être perdu devant les fresques du Wat Phra Kaew, il faut savoir reconnaître les quatre stars du show.
1. Phra Ram (Le Héros Vert)
Tu le reconnaîtras facilement : dans l’iconographie thaïe, il a souvent la peau verte. Il porte une couronne pointue et tient un arc magique. C’est l’archétype du roi parfait, juste et courageux. Il représente l’ordre et la morale (le Dharma).
2. Tosakan (Le Démon à 10 têtes)
C’est le « Grand Méchant ». Aussi appelé Ravana en Inde, Tosakan est un géant terrifiant à la peau verte, avec dix têtes et vingt bras. Pourquoi dix visages ? Pour voir tout ce qui se passe et être impossible à surprendre. Bien qu’il soit le méchant, il est aussi admiré pour sa puissance et sa ténacité. C’est lui que tu vois souvent garder les temples.
3. Nang Sita (La Beauté Pure)
Elle est l’épouse fidèle. Dans le Ramakien, elle subit l’épreuve du feu pour prouver qu’elle est restée pure malgré sa captivité chez le démon. Elle incarne la loyauté et la résilience féminine.
4. Hanuman (La Super-Star)
C’est le chouchou du public thaïlandais ! Hanuman le dieu-singe est un guerrier albinos (représenté en blanc). Il peut voler, changer de taille, et devenir invisible. Dans la version thaïlandaise, contrairement à son homologue indien chaste, Hanuman est un grand séducteur. Il ne se passe pas un chapitre sans qu’il ne charme une sirène ou une déesse. Il est drôle, rusé et invulnérable. Tu verras des tatouages sacrés (Sak Yant) à son effigie sur le dos de nombreux boxeurs de Muay Thai pour obtenir force et agilité.
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Réserve ton activitéLe Ramakien dans la culture thaïlandaise aujourd’hui
Cette légende mythologique n’est pas restée coincée dans les livres. Elle vit au quotidien.
- Le Khon (Théâtre Masqué) : C’est la forme d’art la plus prestigieuse de Thaïlande. Le Khon met en scène exclusivement des épisodes du Ramakien. Les danseurs portent des masques richement décorés (sauf ceux qui jouent les humains/dieux) et miment l’action pendant qu’un narrateur raconte l’histoire. C’est un spectacle hypnotique à voir absolument au Sala Chalermkrung Royal Theatre à Bangkok.
- La Monarchie (Dynastie Chakri) : Les rois de la dynastie actuelle portent le titre de « Rama ». Le roi actuel est Rama X. Ils sont considérés comme des représentants de Phra Ram sur terre, garantissant la justice et le bien-être du peuple.
- L’Architecture : Le Grand Palais de Bangkok abrite la représentation la plus complète du Ramakien au monde : une fresque murale de près de 2 kilomètres de long entourant le Temple du Bouddha d’Émeraude. C’est une bande dessinée géante et ancienne !
Le mot de la fin
Le Ramakien est la clé de lecture indispensable pour comprendre l’âme de la Thaïlande. Il explique pourquoi les Thaïlandais vénèrent autant les singes (à Lopburi notamment), pourquoi le concept de « bon roi » est si ancré, et pourquoi l’art local est si flamboyant.
C’est une histoire qui nous rappelle que même face aux démons les plus puissants, la vertu, aidée d’un peu de ruse et de beaucoup de loyauté, finit toujours par triompher.
Alors, la prochaine fois que tu croises une statue de géant à l’air féroce devant un temple, ne t’enfuis pas. Fais-lui un sourire : c’est juste Tosakan qui essaye de se racheter une conduite ! 😉
FAQ : Comprendre le Ramakien
Bien que la trame soit identique, le Ramakien (version thaïe) est plus laïque et moins religieux que le Ramayana indien. La fin est aussi différente : dans la version thaïe, le « Happy End » est plus marqué et Hanuman joue un rôle beaucoup plus central et libertin que dans la version originale très puritaine.
Le meilleur endroit est le Sala Chalermkrung Royal Theatre à Bangkok. C’est un théâtre historique magnifique. Souvent, le billet d’entrée au Grand Palais inclut un accès à un court spectacle de Khon (vérifie ton ticket !). Sinon, certains restaurants de luxe ou hôtels proposent des dîners-spectacles.
Les deux immenses statues dans le hall des départs de l’aéroport Suvarnabhumi sont des Yakshas (les démons du Ramakien). Ils sont placés là symboliquement pour protéger le royaume et les voyageurs contre les mauvais esprits. C’est le premier contact culturel avec la mythologie thaïlandaise pour les touristes.


