Ferme les yeux un instant. Imagine-toi dans l’enceinte du Wat Phra Kaeo à Bangkok. La chaleur moite de l’après-midi retombe, l’odeur de l’encens flotte dans l’air. Et soudain, il est là. Ce son. Cristallin, rapide, presque frénétique, ponctué par des gongs profonds qui font vibrer ta poitrine. Ce n’est pas juste du folklore pour touristes, c’est la musique traditionnelle thaïlandaise qui te souhaite la bienvenue.
La sonorité de la musique traditionnelle thaïlandaise
La première fois que j’ai écouté un orchestre thaïlandais, c’était lors d’une cérémonie de crémation dans un petit village. Loin d’être triste, la musique était vibrante, presque joyeuse par moments, chargée d’accompagner l’âme du défunt. J’ai compris ce jour-là que la musique ici n’est pas un divertissement : c’est un lien entre le monde visible et l’invisible.
La structure même de la musique classique thaïe est unique. Elle ne repose pas sur les gammes majeures ou mineures que nous connaissons, mais sur une échelle pentatonique (sept notes équidistantes, dont cinq sont principalement utilisées). Il n’y a pas d’harmonie au sens occidental (des accords plaqués), mais une mélodie linéaire principale, autour de laquelle les autres instruments brodent des variations complexes. C’est comme une conversation animée où tout le monde parle en même temps, mais où chacun s’écoute parfaitement.
C’est un art de la transmission orale. Il y a très peu de partitions. Tout passe du maître (Khru Baajarn) à l’élève, par l’imitation et la répétition, créant un lien sacré indéfectible entre les générations.

Les trois piliers de la musique traditionnelle thaï
Si tu entends de la musique dans un contexte « officiel » (temple, cour royale, théâtre de danse classique), il s’agit sûrement de l’un de ces trois grands ensembles. Pas de panique, c’est simple à distinguer :
Le Piphat : La puissance du rythme
C’est le plus courant et le plus bruyant ! Le Piphat est un ensemble à percussion dominant. Il est composé d’instruments à vent (comme le hautbois Pi) et surtout de percussions : xylophones, gongs et tambours.
- L’ambiance : Solennelle, énergique, parfois forte.
- Où l’entendre ? C’est lui qui accompagne les cérémonies bouddhistes, les rituels royaux, le théâtre masqué (Khon) et même… les combats de Muay Thai (c’est cette musique nasillarde qui accélère pendant le combat !).
Khruang Sai : La douceur des cordes
À l’opposé du Piphat, le Khruang Sai est tout en délicatesse. Il met en avant les instruments à cordes thaïlandais (violons, cithares), accompagnés de flûtes douces et de petites percussions légères.
- L’ambiance : Intime, apaisante, raffinée.
- Où l’entendre ? Souvent joué en intérieur, pour des événements plus privés ou dans les lobbys des grands hôtels historiques pour son côté « zen ».
Le Mahori : L’équilibre parfait
C’est le mélange des deux mondes. Le Mahori combine les percussions mélodiques du Piphat et les cordes du Khruang Sai, mais en utilisant des versions légèrement plus petites et plus douces des instruments. Historiquement, il était souvent joué par des femmes à la cour royale.
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Les instruments stars de la musique traditionnelle thaïlandaise
| Instrument | À quoi ça ressemble ? | Son & Rôle | Le petit truc en plus |
| Le Ranat Ek (ระนาดเอก) | Un xylophone en bois monté sur un socle en forme de bateau incurvé. | Le Capitaine. Il mène la mélodie, souvent à une vitesse vertigineuse. Son son est claquant (maillets durs) ou feutré (mous). | C’est l’instrument « noble » par excellence. Regarder les mains du maître devenir floues est hypnotisant ! 😵💫 |
| Le Saw Duang (ซอด้วง) | Un violon à deux cordes avec un manche très long et une petite caisse de résonance cylindrique (bambou ou bois). | La Voix. Son son est aigu, perçant et très expressif. Il sert souvent à suivre ou imiter la ligne vocale du chanteur. | On le surnomme « le violon qui sourit » à cause de la forme de sa caisse de résonance. 🎻 |
| Le Khong Wong Yai (ฆ้องวงใหญ่) | Un grand cercle de gongs en bronze posés à l’horizontale. Le musicien est assis au milieu. | La Fondation. Il tisse l’ossature du morceau avec un son rond et résonnant qui donne toute la profondeur à l’orchestre. | C’est littéralement le « cœur » de l’ensemble, le musicien est encerclé par sa musique. 🧘♂️ |
Au-delà du classique : Le groove du peuple (Mor Lam)
Si la musique classique thaïlandaise est l’âme de la cour, le Mor Lam est l’âme de la rue et des rizières.
Originaire de l’Isan (le Nord-Est de la Thaïlande, frontalier du Laos), c’est une musique folklorique incroyablement populaire. Oublie la politesse des temples, ici, ça groove ! C’est rapide, c’est joyeux, et ça parle de la vie quotidienne : l’amour, les récoltes, les galères d’argent.
L’instrument roi du Mor Lam est le Khaen (แคน). C’est un orgue à bouche en bambou, visuellement impressionnant (il peut mesurer plus d’un mètre de haut). Son son est unique, un bourdonnement polyphonique qui ressemble un peu à un accordéon ou un harmonica sous stéroïdes. Si tu prends un taxi à Bangkok dont le chauffeur vient de l’Isan (ce qui est souvent le cas), c’est du Mor Lam qui sortira de son autoradio. C’est la musique de la fête et de la résilience.
FAQ : Découvrir la musique traditionnelle thaïlandaise lors d’un voyage
Le meilleur endroit reste le Théâtre National (près du Palais Royal) pour des représentations de haut niveau. Sinon, de nombreux temples offrent des petits ensembles lors des jours saints. Le centre culturel Jim Thompson House propose aussi souvent des démonstrations de qualité dans un cadre intime.
Oui ! Un petit Khaen (l’orgue à bouche de l’Isan) est un superbe souvenir, léger et décoratif, que tu trouveras dans les marchés pour quelques centaines de bahts. Évite les instruments « pros » comme les grands xylophones, très lourds, fragiles et chers, à moins d’être un passionné prêt à gérer le transport.
Intimement. Avant chaque performance ou apprentissage, les musiciens effectuent le Wai Kru, une cérémonie pour rendre hommage aux esprits des maîtres passés et aux divinités des arts (comme Ganesh, très vénéré par les artistes thaïs). La musique est considérée comme un pont vers le sacré.


