Si tu penses que la liberté absolue, c’est de voyager avec un sac à dos, attends de découvrir l’histoire des Moken. Imagine un peuple qui, traditionnellement, naît, vit et meurt sur des bateaux en bois, sans frontières, sans montres et sans passeports.
Surnommés les Gitans de la Mer (ou « Chao Leh » en thaï, littéralement « Gens de la mer »), ils naviguent depuis des siècles dans l’archipel des Mergui, à cheval entre la Thaïlande (principalement les îles Surin) et la Birmanie. Mais attention, ce n’est pas juste du folklore pour touristes : c’est une culture unique au monde, une fenêtre sur un passé où l’homme et l’océan ne faisaient qu’un.
Cependant, leur paradis turquoise est menacé. Je t’explique tout dans cet article !
Qui sont les Moken ?
Les Moken sont un peuple austronésien semi-nomade. Traditionnellement, ils passaient la saison sèche sur leurs bateaux-maisons appelés Kabang – de véritables chefs-d’œuvre d’ingénierie navale construits sans un seul clou – et la mousson dans des abris temporaires sur terre.
Pour eux, la mer n’est pas un lieu de travail ou de loisir, c’est l’univers tout entier. Ils sont chasseurs-cueilleurs marins. Ils n’accumulent rien (pas de frigo, pas de meubles), car sur un bateau, tout poids est inutile.
Le « Super-Pouvoir » des enfants Moken
C’est le point qui fascine le plus les voyageurs et les scientifiques. Les enfants Moken voient sous l’eau deux fois mieux que n’importe quel enfant européen.
Comment ? C’est une adaptation biologique unique. Leurs pupilles peuvent se contracter au maximum sous l’eau (comme celles des dauphins) et ils peuvent changer la forme de leur cristallin pour faire le point. C’est une vision sous-marine parfaite, sans masque ni lunettes, qui leur permet de repérer des petits coquillages ou des concombres de mer au fond de l’océan.
Lors d’une excursion aux îles Surin, j’ai vu des gamins de 5 ans sauter du ponton. Ils restaient sous l’eau une éternité ! J’ai essayé de les suivre avec mon masque et mon tuba, j’avais l’air d’un éléphant de mer maladroit à côté de petites sirènes. Ils riaient sous l’eau, les yeux grands ouverts.
Esprits et Animisme : Le festival des Lopong
Les Moken ne sont pas bouddhistes comme la majorité des Thaïlandais. Ils sont animistes. Pour eux, la nature est peuplée d’esprits : l’esprit du vent, de l’arbre, de la tortue…
Si tu visites leur village aux Îles Surin, tu verras d’étranges poteaux en bois sculptés et colorés plantés dans le sable : ce sont les Lobong (poteaux aux esprits). Une fois par an (généralement en avril, lors de la pleine lune), tous les clans se réunissent pour le Festival des Lobong. Pendant trois jours, ils entrent en transe, dansent, font des offrandes et « relâchent » les malheurs de l’année passée sur de petits bateaux miniatures qu’ils laissent dériver au large. C’est un moment de purification intense.
Le miracle du Tsunami de 2004
L’histoire des Moken est intimement liée au tragique tsunami de 2004. Alors que la catastrophe a fait des milliers de victimes sur les côtes thaïlandaises, aucun Moken n’est mort dans les villages traditionnels des îles Surin.
Pourquoi ? Grâce à leur savoir ancestral. Quand ils ont vu la mer se retirer anormalement vite, les anciens ont crié : « La Laboon arrive ! » (la vague qui mange les gens). Contrairement aux touristes qui s’approchaient pour voir les poissons à sec, les Moken ont couru vers les hauteurs de la jungle. Ils ont survécu parce qu’ils savent écouter l’océan.

Le Kabang : Plus qu’un bateau, un univers
Pour comprendre un Moken, il faut regarder son bateau. Le Kabang n’est pas un simple moyen de transport, c’est une entité vivante, le « corps » de la famille.
Ces embarcations traditionnelles sont des chefs-d’œuvre d’ingénierie.
- La Coque : Creusée dans un seul tronc d’arbre (un savoir-faire qui disparaît car il est interdit de couper des arbres dans le parc national).
- L’Architecture : Il possède une échancrure à l’avant et à l’arrière (appelée « bouche » et « queue »), ce qui lui permet de « manger » les vagues et de glisser sur l’eau sans lutter contre elle.
- La Vie à bord : Tout est pensé pour l’économie d’espace. C’est là qu’on dort, qu’on cuisine, et même qu’on accouche. Les Moken n’accumulent rien, car sur un Kabang, chaque kilo superflu est un fardeau.
La réalité des Moken aujourd’hui
Il est important de ne pas idéaliser la situation. Aujourd’hui, le mode de vie nomade est presque fini. Les frontières maritimes entre la Birmanie et la Thaïlande sont strictes. Le Parc National de Mu Ko Surin impose des règles : interdiction de couper du bois (donc impossible de réparer les gros Kabang traditionnels), zones de pêche limitées…
La plupart vivent désormais sédentarisés dans le village de la baie d’Ao Bon. Ils sont souvent apatrides (sans papiers), ce qui les prive d’accès aux soins à l’hôpital ou à l’université. Ils sont « coincés » dans ce paradis, dépendants du tourisme pour acheter du riz et du carburant.
Aller à la rencontre des Moken
1. Où aller ? Direction le Parc National des Îles Surin (Mu Ko Surin), situé dans la mer d’Andaman, au nord des Similan. C’est l’un des plus beaux spots de snorkeling de Thaïlande (l’eau y est d’un vert émeraude fou).
2. Comment y aller ?
- Depuis Khao Lak ou Ranong (Kuraburi Pier).
- Prends un speedboat (environ 1h30 de trajet). La plupart des tours à la journée incluent une halte de 30 à 45 minutes au village Moken.
3. Peut-on dormir sur place ? Pas dans le village Moken (pour préserver leur intimité), mais tu peux dormir dans les tentes ou les bungalows du Parc National sur la plage principale (Chong Khat). C’est une expérience « Robinson Crusoé » géniale : pas d’électricité après 22h, juste le bruit de la jungle et des vagues.
Quand tu iras les voir, ne sois pas un voyeur. Ce n’est pas un zoo humain.
- Demande toujours la permission avant de prendre une photo (surtout des visages).
- Achète leur artisanat ! Les femmes vendent de superbes bracelets tressés et des sculptures de bateaux. C’est le meilleur moyen de soutenir directement l’économie du village sans intermédiaire.


