Tu te promènes tranquillement dans le parc Lumphini à Bangkok ou tu marches dans un marché animé. Soudain, à 18h00 précises, une mélodie retentit dans les haut-parleurs.
Et là, tu vois des joggeurs s’arrêter net dans leur foulée, les vendeurs posent leurs louches, les gens assis se lèvent comme un seul homme. Plus personne ne bouge, plus personne ne parle. Le temps est suspendu.
Non, ce n’est pas un flashmob géant ni une panne du système. C’est simplement le respect sacré pour le Phleng Chat Thai, l’hymne national thaïlandais. C’est une tradition unique au monde qu’il faut absolument connaître pour s’intégrer (et éviter de passer pour un touriste irrespectueux).
Le respect de l’Hymne National Thaïlandais : 8h00 et 18h00
En Thaïlande, le patriotisme n’est pas une option, c’est un rythme de vie. Deux fois par jour, tous les jours, l’hymne national est diffusé dans les lieux publics, à la télévision et à la radio.
- À 8h00 du matin : Pour marquer le lever du drapeau.
- À 18h00 du soir : Pour marquer la descente du drapeau.
Si tu te trouves dans une gare, une station de métro (BTS/MRT), un parc public ou un bâtiment gouvernemental à ces heures-là, tu assisteras à ce spectacle fascinant. C’est un moment de communion nationale très fort. Le message est clair : peu importe ce que tu fais, la Nation passe avant tout.
De quoi parle l’Hymne National (Phleng Chat) ?
Contrairement à l’hymne royal (on y reviendra), le Phleng Chat Thai est une marche militaire assez dynamique, composée après la révolution de 1932 qui a mis fin à la monarchie absolue.
Les paroles sont très fortes. Elles ne parlent pas du Roi, mais du peuple thaïlandais et de l’unité. En substance, le chant dit que la Thaïlande unit tous les Thaïs par le sang, que le pays aime la paix, mais qu’il ne reculera devant aucun combat si son indépendance est menacée. C’est un rappel quotidien que la Thaïlande est le seul pays d’Asie du Sud-Est à n’avoir jamais été colonisé par une puissance européenne. C’est leur plus grande fierté, et cet hymne en est le symbole vibrant.
Les paroles de l’Hymne National Thaïlandais ainsi que la traduction en français
Si tu tends l’oreille, tu remarqueras que le rythme est militaire, presque martial. Composé dans les années 30 (juste après la fin de la monarchie absolue), l’hymne a pour but de galvaniser le peuple.
Voici le texte original, sa prononciation simplifiée (pour chantonner en yaourt !) et sa traduction. Tu verras, c’est intense :
Phleng Chat Thai (Hymne National Thaïlandais)
En thaï : ประเทศไทยรวมเลือดเนื้อชาติเชื้อไทย เป็นประชารัฐ ไผทของไทยทุกส่วน อยู่ดำรงคงไว้ได้ทั้งมวล ด้วยไทยล้วนหมาย รักสามัคคี ไทยนี้รักสงบ แต่ถึงรบไม่ขลาด เอกราชจะไม่ให้ใครข่มขี่ สละเลือดทุกหยาดเป็นชาติพลี เถลิงประเทศชาติไทยทวี มีชัย ชโย
En phonétique (approximative) : Prathet thaï rouam louat noua tchat tchuia thaï Pen pratcha rat pha-thaï khong thaï touk souan You damrong khong waï daï thang mouan Douay thaï louan maï rak samak-khi Thaï ni rak sa-ngop, tè theung rop maï khlat Ek-karat tcha maï haï khraï khom khi Sa-la louat touk yat pen tchat phli Tha-leung pra-thet tchat thaï tha-wi, mi tchaï, Tcha-yo !
La traduction en français : La Thaïlande unit la chair et le sang de tous les Thaïs, La terre de la patrie appartient aux Thaïs dans son intégralité. L’indépendance a été maintenue tout entière, Car les Thaïs sont unis et solidaires. Les Thaïs aiment la paix, mais ne fuient jamais le combat, Nous ne laisserons personne nous voler notre indépendance. Nous sacrifierons chaque goutte de notre sang pour la nation, Pour la gloire et la victoire de la Thaïlande… Hourra ! (Chayo)

Attention à ne pas confondre avec l’Hymne Royal
C’est là que ça se corse pour les étrangers. Il y a deux hymnes !
- Phleng Chat Thai (Hymne National) : Celui de 8h et 18h.
- Sansoen Phra Barami (Hymne Royal) : C’est un hymne lent, majestueux et orchestral, dédié à la gloire du Roi.
Tu entendras l’Hymne Royal principalement au cinéma en Thaïlande. Oui, au cinéma ! Avant chaque projection de film, après les publicités, tout le monde doit se lever pour écouter cet hymne illustré par une vidéo hommage au souverain. C’est un rituel obligatoire. Rester assis est considéré comme un acte de défiance politique grave (voire un crime de lèse-majesté dans les cas extrêmes).
Que doit faire un touriste ?
Pas de panique, c’est très simple. Si tu entends la musique retentir et que tu vois les gens s’arrêter autour de toi : Fais pareil.
- Si tu marches : Arrête-toi immédiatement. Tiens-toi droit, les bras le long du corps. Retire ton chapeau ou ta casquette si possible. Garde le silence.
- Si tu es assis : Lève-toi (sauf si tu manges dans un restaurant fermé, là ce n’est pas obligatoire).
- Si tu prends des photos : Pose ton appareil.
Dès que la musique s’arrête, tu peux reprendre ta vie. C’est un petit geste pour toi, mais c’est une immense marque de respect culturel aux yeux des Thaïlandais. Ils apprécieront énormément de voir un « Farang » (étranger) jouer le jeu.
Le mot de la fin
L’hymne national thaïlandais est bien plus qu’une chanson. C’est le pouls du pays. Ce petit arrêt de 60 secondes matin et soir est une parenthèse de calme et d’unité dans un pays souvent bouillonnant.
Alors, la prochaine fois que tu seras à Bangkok à 18h00, tends l’oreille, fige-toi et profite de cet instant de communion unique. C’est aussi ça, la magie du voyage !
FAQ : Hymne Thaïlandais et comportement
Théoriquement, oui. Il existe une loi sur la culture nationale qui impose le respect de l’hymne. En pratique, un touriste ne sera probablement pas arrêté par la police pour avoir continué à marcher (surtout s’il ne savait pas), mais il subira une réprobation sociale très forte. C’est avant tout une question de politesse.
Depuis les manifestations pro-démocratie de 2020, on observe une frange de la jeunesse thaïlandaise qui refuse de se lever pour l’hymne royal au cinéma en signe de protestation politique silencieuse. En tant qu’étranger, il est fortement conseillé de rester neutre et de se lever par respect pour le pays hôte et ses lois.
Il est diffusé sur toutes les chaînes de TV et stations de radio. En physique, tu l’entendras surtout dans les lieux publics gérés par l’État : gares, terminaux de bus, parcs, écoles et marchés municipaux. Dans un centre commercial privé ou un hôtel, il est rarement diffusé par les haut-parleurs.


