Sawadee kha ! La première fois qu’un ami de passage m’a demandé, en baissant la voix, « mais pourquoi il y a autant de ladyboys en Thaïlande ? », j’ai réalisé que la question cachait surtout un vide. On voit, on s’interroge, et personne n’explique.
Alors posons les choses correctement, parce qu’il s’agit de personnes réelles et pas d’une curiosité locale. D’où vient cette place dans la société thaïlandaise, quel mot employer sans blesser, ce que dit vraiment la loi, et comment se comporter quand on est de passage.
📌 À retenir
- « Ladyboy » est un mot anglais de tourisme, pas un terme thaï : les personnes concernées lui préfèrent largement sao praphet song.
- Le thaï dispose d’un vocabulaire ancien pour désigner la diversité de genre, signe d’une reconnaissance sociale qui précède de très loin le tourisme.
- La Thaïlande n’a jamais tenu de recensement officiel : tous les chiffres qui circulent, de 10 000 à 300 000, sont des estimations invérifiables.
- Le pays autorise le mariage pour tous depuis janvier 2025, mais ne reconnaît toujours aucun changement d’état civil.
- En 2011, l’armée a cessé d’inscrire « trouble mental » sur les certificats d’exemption des femmes trans, remplacé par une formule neutre.
- Les grands cabarets sont des institutions du spectacle : Tiffany’s à Pattaya existe depuis 1974, avec des billets à partir de 949 ฿ (environ 25 €).
Ladyboy, kathoey, sao praphet song : quel mot employer ?
C’est par là qu’il faut commencer, parce que le mot que tu emploies dit immédiatement à ton interlocuteur comment tu le regardes.
« Ladyboy » n’est pas un mot thaï. C’est un terme anglais, popularisé par le tourisme, et il traîne avec lui une charge de spectacle et d’exotisme que beaucoup de personnes concernées rejettent.
Tu l’entendras pourtant partout, y compris dans la bouche de Thaïlandaises qui l’emploient avec les étrangers, simplement parce que c’est le mot que les étrangers comprennent.
Voici les termes que tu croiseras, du plus familier au plus respectueux :
- Kathoey (กะเทย) : le mot thaï historique, très large, qui a longtemps englobé femmes trans, hommes efféminés et personnes non binaires. Selon le ton, il va du neutre au moqueur.
- Sao praphet song (สาวประเภทสอง), « femme du deuxième type » : nettement plus respectueux, c’est le terme que privilégient les intéressées elles-mêmes.
- Phuying kham phet : littéralement « femme ayant traversé le genre », la formulation la plus formelle, celle des médias et des textes sérieux.
- Ladyboy : à réserver, au mieux, au nom commercial des cabarets, qui l’emploient eux-mêmes sur leurs affiches.
La règle pratique tient en une ligne. Emploie sao praphet song si tu veux bien faire, et si tu ne sais pas, ne qualifie personne du tout : cette discrétion fait partie des valeurs de la société thaïlandaise, où l’on évite soigneusement de faire perdre la face.
D’où vient la place des kathoey dans la société thaïlandaise ?
La visibilité actuelle n’est pas un phénomène récent né du tourisme. Elle s’appuie sur une histoire longue, et c’est ce qui distingue vraiment la Thaïlande de ses voisins.
Une catégorie qui existait avant l’arrivée des touristes
Le thaï possède depuis longtemps un vocabulaire pour désigner des personnes qui ne rentrent ni dans « homme » ni dans « femme ». Le simple fait qu’un mot ancien existe dit quelque chose d’important : la catégorie était pensée, nommée, donc socialement reconnue, bien avant les premiers charters.
Des légendes du Nord évoquent d’ailleurs un modèle à trois genres plutôt qu’à deux. Les historiens débattent de la portée réelle de ces récits, et je me garderai de trancher à leur place. Mais leur existence même indique que la question ne date pas d’hier.
Le rôle du bouddhisme, souvent mal résumé
On lit régulièrement que le bouddhisme thaïlandais « accepterait » la diversité de genre. C’est un raccourci qui mérite d’être nuancé, parce qu’il recouvre deux choses très différentes.
D’un côté, la doctrine du karma est parfois mobilisée pour expliquer une identité trans comme la conséquence d’une vie antérieure, ce qui produit une forme de tolérance sans jugement moral. De l’autre, cette même lecture peut enfermer la personne dans l’idée d’une faute à expier.
Le résultat est une société qui regarde peu, ne s’offusque pas, mais ne milite pas non plus. C’est exactement ce qui déroute les visiteurs occidentaux, habitués à ce que visibilité rime avec revendication.
Pourquoi les kathoey sont-elles si visibles en Thaïlande ?
Trois facteurs se cumulent, et aucun ne relève du cliché touristique.
Le premier est cette tolérance sociale ancienne : ne pas être rejetée de sa famille change tout, et permet une vie publique là où d’autres pays imposent la discrétion.
Le deuxième est médical. Bangkok est devenue une référence mondiale de la chirurgie de réattribution, avec des cliniques de niveau international et des tarifs très inférieurs à ceux de l’Europe, ce qui a structuré une filière et rendu les parcours plus accessibles.
Le troisième est un effet de loupe. Les métiers visibles, spectacle, beauté, accueil, sont aussi ceux qui restent ouverts quand les autres se ferment. Ce que le visiteur interprète comme une abondance est souvent le signe inverse : une place dans la société assignée à quelques secteurs.
Quant aux chiffres qui circulent, de 10 000 à 300 000 personnes selon les articles, aucun ne repose sur un recensement. La Thaïlande n’en a jamais conduit sur ce sujet. Méfie-toi de toute source qui t’annonce un nombre précis.
🔑 Visible ne veut pas dire égale
C’est le contresens le plus fréquent chez les visiteurs. La Thaïlande offre une visibilité quasi unique au monde, et dans le même temps aucune reconnaissance légale du genre vécu.
Une femme trans thaïlandaise vit au féminin toute sa vie et présente jusqu’à sa mort un document d’identité au masculin, avec les conséquences que cela entraîne à l’embauche, à l’hôpital ou à la frontière.
Que dit la loi thaïlandaise pour les personnes trans ?
Le pays avance vite sur certains droits et pas du tout sur d’autres, ce qui donne un tableau contrasté qu’il vaut mieux avoir en tête avant de généraliser.
| Sujet | État du droit | Ce que ça change concrètement |
|---|---|---|
| Mariage pour tous | En vigueur depuis janvier 2025 | Droits complets, dont adoption et héritage |
| Protection anti-discrimination | Acquise depuis 2015 | Couvre l’expression de genre, mais peu invoquée en pratique |
| Changement d’état civil | Aucun dispositif | Les papiers conservent le sexe de naissance à vie |
| Service militaire | Exemption possible, formulation revue en 2011 | Présence tout de même obligatoire au tirage au sort d’avril |
Le mariage pour tous et la reconnaissance de genre sont deux sujets distincts, souvent confondus.
Le point noir reste l’absence totale de changement d’état civil, analysée de longue date par les organisations internationales (PNUD). Les acquis de 2025 sont en revanche bien réels, et c’est dans la capitale qu’ils se voient le mieux : la scène LGBT de Bangkok a changé de visage en quelques mois.
Un fait raconte le chemin parcouru mieux qu’un long discours. Jusqu’en 2011, une femme trans exemptée de service militaire recevait un certificat mentionnant un « trouble mental », qu’elle devait ensuite présenter à ses employeurs.
La mention a depuis été remplacée par une formule neutre, constatant simplement que l’identité de genre ne correspond pas au sexe de naissance.
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Les cabarets thaïlandais valent-ils le détour ?
Oui, et il faut lever un malentendu au passage : ce sont des spectacles familiaux, de la revue à plumes et du playback, sans aucune connotation. On y croise autant de familles thaïlandaises que de cars de touristes.
Les quatre institutions du genre se répartissent ainsi :
- Tiffany’s Show à Pattaya, ouvert en 1974, une centaine d’artistes, trois représentations par soir de 75 minutes, billets à partir de 949 ฿ (environ 25 €).
- Alcazar, également à Pattaya, une salle de 1 200 places et une quinzaine de tableaux, dans un registre plus grand spectacle.
- Calypso à Bangkok, installé à Asiatique en bord de fleuve, le plus pratique à caser dans une soirée en ville.
- Simon Cabaret à Phuket, ouvert en 1991, trois séances par soir dans une salle de 600 places, à partir de 800 ฿ (environ 21 €).
Tiffany’s organise aussi Miss Tiffany’s Universe, un concours créé en 1998 et télévisé depuis 2004, qui réunit aujourd’hui plus de 15 millions de téléspectateurs thaïlandais. C’est devenu un rendez-vous national, et l’un des rares espaces où ces femmes sont célébrées à une heure de grande écoute.
Si tu es plutôt basé dans la capitale, Calypso s’intègre facilement à un programme de soirée à Bangkok, avant ou après un marché de nuit.
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Réserve ton hôtelOù voir des ladyboys en Thaïlande ?
C’est l’une des questions les plus tapées sur le sujet, et elle mérite une réponse directe plutôt qu’un détour gêné.
La réponse honnête est un peu décevante pour qui espérait une adresse. C’est partout, et sans rien chercher, parce que les femmes trans thaïlandaises ne vivent pas dans un quartier dédié.
Elles tiennent des boutiques, servent au comptoir des cafés, travaillent en salon de coiffure, à l’accueil des hôtels ou des cliniques, et passent à la télévision aux heures de grande écoute.
Si tu veux malgré tout des repères concrets, voici où la visibilité est la plus forte :
- Les grands cabarets, évoqués plus haut, restent le cadre le plus simple et le plus respectueux : les artistes y sont sur scène, applaudies, et payées pour ça. À Phuket, c’est le Simon Cabaret qui tient ce rôle.
- Pattaya concentre la plus forte densité du pays, effet direct de l’implantation de Tiffany’s et d’Alcazar depuis les années 1970.
- Bangkok, particulièrement autour de Silom et dans les grands centres commerciaux, où beaucoup travaillent dans la mode et la beauté.
- Miss Tiffany’s Universe, dont la finale se tient chaque année en mars à Pattaya, si tu veux voir le sujet célébré plutôt qu’observé.
Reste l’autre sens possible de la question, et autant le traiter franchement. Si « trouver » veut dire chercher une rencontre tarifée, ce n’est plus le même sujet : il s’agit de travail du sexe, illégal en Thaïlande, et cet article n’est pas un carnet d’adresses.
Ce n’est pas une pudeur de façade. C’est simplement que confondre une population entière avec une offre de services est précisément le réflexe qui rend la vie de ces femmes plus difficile, à l’embauche comme à l’hôpital.
Comment se comporter avec respect quand on est de passage ?
Rien de compliqué, et tout tient dans une idée simple : traiter les personnes que tu croises comme des habitantes, pas comme une attraction du séjour.
Les quelques réflexes qui font la différence :
- Ne photographie personne sans demander. Un « thaï rup dai mai khrap ? » suffit, et un refus se respecte immédiatement.
- Emploie le féminin si la personne se présente au féminin. C’est gratuit, et c’est ce qui compte le plus pour elle.
- Ne demande pas si « c’est un homme ou une femme ». La question paraît innocente, elle est vécue comme une remise en cause permanente.
- Oublie les questions médicales. Tu ne demanderais pas à une inconnue le détail de ses opérations, la règle est la même ici.
- Applaudis les artistes, ne les traite pas en curiosité. Au cabaret, la photo avec les danseuses en sortie de salle est payante et se rémunère, en général 100 à 200 ฿ (2,60 à 5 €).
🔑 Le piège du compliment maladroit
« On ne dirait vraiment pas ! » part d’une bonne intention et tombe très mal : le compliment sous-entend que la personne devrait passer un examen de crédibilité.
Si tu veux dire quelque chose d’agréable, dis-le comme tu le dirais à n’importe qui. Un simple « suay mak », « très belle », fait bien mieux le travail.
En résumé
Ce qu’il faut retenir avant de partir :
- Le mot juste est sao praphet song ; « ladyboy » reste un terme de tourisme.
- La reconnaissance sociale est ancienne et réelle, elle ne date pas des cabarets.
- La loi thaïlandaise a ouvert le mariage à tous en 2025 mais ne permet toujours pas de changer d’état civil.
- Les grands cabarets sont des spectacles familiaux, à partir de 949 ฿ (environ 25 €) chez Tiffany’s.
- Le meilleur comportement est le plus banal : traiter les gens comme des gens, ce qui vaut d’ailleurs pour toute la culture thaïlandaise.
FAQ : ladyboy et kathoey en Thaïlande
« Ladyboy » est un terme anglais popularisé par le tourisme pour désigner les femmes trans thaïlandaises. Ce n’est pas un mot thaï, et beaucoup de personnes concernées le trouvent réducteur. Les termes thaïs sont kathoey, plus ancien et ambigu, et sao praphet song, nettement plus respectueux.
Trois facteurs se cumulent : une tolérance sociale ancienne qui évite le rejet familial, une expertise médicale de premier plan à Bangkok, et une concentration dans des métiers très visibles. Aucun recensement officiel n’existe : les chiffres qui circulent sont des estimations invérifiables.
Non. Il n’existe aucune procédure de changement d’état civil, et les personnes trans conservent leur sexe de naissance sur leurs papiers toute leur vie. C’est le principal angle mort du droit thaïlandais, malgré l’ouverture du mariage à tous en janvier 2025.
Sao praphet song est le terme le plus sûr et le mieux accepté. Si tu hésites, le plus simple reste de ne qualifier personne et d’employer le féminin dès lors que la personne se présente au féminin.
Oui. Tiffany’s, Alcazar et Calypso sont des revues à plumes et à playback, sans connotation sexuelle, et le public thaïlandais y vient en famille. Les billets démarrent autour de 949 ฿, soit environ 25 €, chez Tiffany’s à Pattaya.
Oui, les danseuses posent devant la salle à la sortie, mais la photo est payante et constitue une part de leur revenu. Compte 100 à 200 ฿, soit 2,60 à 5 €. Demande toujours avant de déclencher.
C’est le grand concours de beauté réservé aux femmes trans thaïlandaises, créé en 1998 à Pattaya et télévisé depuis 2004. Il rassemble aujourd’hui plus de 15 millions de téléspectateurs et constitue l’un des rendez-vous les plus suivis du pays.


