La frontière entre la Thaïlande et le Cambodge a de nouveau explosé ces derniers jours, avec des échanges de tirs meurtriers et des frappes aériennes thaïlandaises qui font craindre une nouvelle escalade régionale.
Les derniers affrontements
Selon les autorités thaïlandaises, des combats ont repris le 8 décembre au matin dans plusieurs secteurs disputés de la frontière, notamment du côté des provinces thaïlandaises d’Ubon Ratchathani et de Sisaket, en riposte à des tirs qui auraient tué un soldat thaïlandais et blessé plusieurs autres militaires. L’armée thaïlandaise affirme que le Cambodge a utilisé des roquettes de type BM‑21 contre des zones proches de localités civiles, ce que Phnom Penh dément en accusant Bangkok d’avoir ouvert le feu en premier.
En réponse, la Thaïlande a engagé une campagne de frappes aériennes ciblant des positions et des pièces d’artillerie cambodgiennes, mobilisant notamment des avions de chasse F‑16 le long de la frontière. Les combats, décrits comme intenses mais localisés, ont provoqué l’évacuation de civils dans plusieurs districts frontaliers et entraîné la fermeture temporaire d’écoles et d’hôpitaux de part et d’autre de la ligne de démarcation.
Bilan humain et impact local
Le bilan précis reste disputé, chaque camp communiquant des chiffres différents et se rejetant la responsabilité des victimes. Côté thaïlandais, les autorités évoquent au moins un soldat tué ces derniers jours et plusieurs blessés, tandis que les épisodes précédents de l’année ont déjà fait des dizaines de morts, en grande majorité des civils, et entraîné des déplacements massifs de population.
Phnom Penh soutient de son côté que les frappes thaïlandaises ont tué au moins plusieurs civils cambodgiens dans les provinces frontalières de Preah Vihear et d’Oddar Meanchey, et fait une dizaine de blessés supplémentaires, tout en niant avoir déclenché les hostilités. Des habitations, infrastructures routières et bâtiments publics ont été endommagés, faisant craindre un enlisement du conflit pour les communautés rurales qui vivent déjà depuis des mois au rythme des alertes et des évacuations.
Racines d’un conflit durable
Ces nouveaux incidents s’inscrivent dans une crise frontalière ouverte en 2025, nourrie par d’anciens contentieux sur le tracé de la frontière hérités de la période coloniale, notamment autour de plusieurs temples khmers comme Ta Muen Thom, Ta Krabey ou encore la région de Preah Vihear. Depuis février, la zone a été le théâtre d’escarmouches récurrentes, d’échanges d’artillerie et, en juillet, d’une flambée de violence ayant déjà provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes et le déplacement de centaines de milliers de civils.
La crise est aussi alimentée par des facteurs politiques internes : en Thaïlande, les tensions entre le gouvernement civil et l’armée se sont accrues à mesure que le conflit s’enlisait, tandis qu’au Cambodge, le pouvoir met en avant la défense de l’intégrité territoriale pour consolider sa légitimité. Les deux capitales utilisent un discours nationaliste, chacun accusant l’autre d’incursion et de violation de souveraineté, ce qui complique toute désescalade durable.
Réactions internationales et risques régionaux
Les nouvelles violences inquiètent fortement les voisins d’Asie du Sud‑Est, qui redoutent une remise en cause de l’image de stabilité que l’ASEAN tente de projeter depuis des décennies. Phnom Penh a appelé à plusieurs reprises à une implication accrue des Nations unies et à la tenue de discussions internationales, tandis que Bangkok dit privilégier un règlement bilatéral, même si la frontière reste en grande partie militarisée.
Pour l’heure, les appels au cessez‑le‑feu et à la retenue se multiplient, sans qu’un mécanisme de contrôle robuste ou une médiation clairement acceptée par les deux parties ne soit encore en place. Les analystes régionaux avertissent que la combinaison de rivalités historiques, de crispations politiques internes et de militarisation de la frontière fait peser un risque réel de nouvelle escalade si un accord concret de désengagement n’est pas trouvé rapidement.


