Si le bouddhisme domine la spiritualité thaïlandaise, l’hindouisme, lui, y a planté ses racines depuis plus de 2 000 ans.
Des dieux hindous trônent dans les rues de Bangkok, des symboles sanskrits ornent les temples bouddhistes, et certaines cérémonies royales sont encore inspirées de rituels védiques.
Et il est impossible de comprendre la culture thaïlandaise sans croiser Brahma, Vishnou, Ganesh et toute la mythologie indienne qui a façonné l’imaginaire du royaume.
Les origines de l’hindouisme en Thaïlande
L’hindouisme, une des religions présente en Thaïlande, est arrivé dans la péninsule thaïlandaise bien avant la naissance du bouddhisme Theravāda, grâce aux marchands et brahmanes venus d’Inde.
Entre le Ier et le IXᵉ siècle, les royaumes de la région — comme Funan, Dvāravatī et Srivijaya — entretenaient d’étroits contacts commerciaux avec l’Inde.
Les brahmanes, lettrés et astrologues, furent rapidement sollicités dans les cours royales pour leurs connaissances religieuses et scientifiques.
De cette période est né un syncrétisme : les Thaïlandais ont intégré des éléments hindous à leurs propres croyances locales, sans jamais renier leurs traditions.
L’influence hindoue sur la royauté thaïlandaise
L’hindouisme a joué un rôle déterminant dans la mise en place du pouvoir royal en Thaïlande.
Les rois du Siam se considéraient comme des “Devaraja”, c’est-à-dire des “rois-dieux”, suivant une doctrine hindoue originaire du Cambodge et de Java.
Les brahmanes (prêtres hindous) ont longtemps participé aux cérémonies de couronnement et de bénédiction royale. Encore aujourd’hui, ils assistent les moines bouddhistes lors de grands rituels d’État, notamment le couronnement du roi Rama X en 2019.
La cérémonie du “Triyampawai”, célébrée à Bangkok, est un rite brahmanique destiné à invoquer Shiva et Vishnou pour la prospérité du royaume. Ces rituels, bien que rares, témoignent d’une continuité culturelle millénaire.
Les grandes divinités hindoues vénérées en Thaïlande
Brahma : le créateur bienveillant
La figure la plus visible de l’hindouisme thaïlandais est Brahma, dieu de la création.
Son sanctuaire le plus célèbre, le Erawan Shrine, se trouve au cœur de Bangkok, à deux pas des grands centres commerciaux. Des milliers de personnes y viennent chaque jour déposer des fleurs, danser en offrande ou allumer des bâtons d’encens pour demander de la chance.
Ganesh : le dieu de la sagesse et des arts
Ganesh, reconnaissable à sa tête d’éléphant, est vénéré par les artistes, les étudiants et les entrepreneurs.
Il symbolise la réussite, la connaissance et la suppression des obstacles. Des statues de Ganesh ornent souvent les boutiques et les écoles d’art.

Vishnou : le protecteur du monde
Vishnou, sous son avatar de Rama, a profondément influencé la littérature et le théâtre thaïlandais.
L’épopée du Ramakien, dérivée du Rāmāyana indien, raconte ses exploits et constitue l’un des piliers de la culture nationale.
Les fresques du Grand Palais de Bangkok illustrent ses batailles épiques, mêlant divinités hindoues et figures locales.
Shiva : la puissance créatrice et destructrice
Moins visible dans le quotidien, Shiva est pourtant présent dans les cérémonies royales et certains temples du Sud. On le reconnaît à son trident et à son troisième œil.
Il incarne la transformation et la régénération, thèmes essentiels dans la spiritualité asiatique.
Les traces de l’hindouisme dans le bouddhisme thaïlandais
L’hindouisme n’a jamais disparu en Thaïlande : il s’est fondu dans le bouddhisme.
Beaucoup de temples bouddhistes intègrent des éléments hindous dans leur architecture ou leurs statues. Par exemple, on trouve souvent des gardiens divins (Yaksha) inspirés de l’iconographie indienne à l’entrée des wats.
Les Thaïlandais rendent parfois hommage à plusieurs dieux hindous en parallèle des figures bouddhistes, sans contradiction.
Cette cohabitation harmonieuse illustre la souplesse spirituelle du pays : le respect de toutes les formes du sacré, que ce soit la religion musulmane ou également la religion chrétienne.
L’hindouisme dans la vie quotidienne et les fêtes
Même pour les Thaïlandais non hindous, certaines pratiques du quotidien trouvent leur origine en Inde :
- l’usage du jasmin et des guirlandes de fleurs pour les offrandes ;
- les danses classiques inspirées du Rāmāyana ;
- les amulettes représentant Ganesh ou Hanuman, souvent portées comme porte-bonheur.
L’un des événements les plus marquants reste la fête de Navaratri, célébrée chaque année à Bangkok. Les fidèles, vêtus de blanc, défilent en l’honneur de Durga, déesse guerrière, lors d’un grand cortège coloré dans les rues autour du sanctuaire de Sri Maha Mariamman.
Pour conclure
L’hindouisme en Thaïlande est bien plus qu’un souvenir historique : c’est une présence vivante, ancrée dans la culture, l’art et la spiritualité du pays.
Il montre comment la Thaïlande a su adopter, transformer et harmoniser les influences étrangères pour créer une identité profondément originale — à la fois indienne, bouddhiste et thaïlandaise.
Pour le voyageur curieux, c’est un monde à part, fait de couleurs, de symboles et de récits mythiques, où chaque statue semble murmurer une histoire millénaire
FAQ – L’hindouisme en Thaïlande
Les principaux sanctuaires hindous se trouvent à Bangkok.
Le plus connu est le Sri Maha Mariamman Temple, sur Silom Road, coloré et très fréquenté par la communauté tamoule. Le Erawan Shrine, dédié à Brahma, est quant à lui un symbole spirituel du centre-ville.
On peut aussi visiter le Devasathan, temple où les brahmanes célèbrent encore les rituels royaux, ainsi que quelques sanctuaires à Chiang Mai et Nakhon Nayok.
La Thaïlande compte environ 100 000 Hindous, concentrés surtout à Bangkok.
La plupart sont d’origine indienne, tamoule ou népalaise, installés dans le royaume depuis plusieurs générations.
Leur présence, bien que minoritaire, a profondément marqué la culture, notamment à travers l’art, la danse et la langue.
Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, est vénéré pour sa sagesse et sa capacité à lever les obstacles.
En Thaïlande, il est devenu le protecteur des artistes, des étudiants et des entrepreneurs.
Des statues de Ganesh décorent les temples, les universités et même certains centres commerciaux.
La plus grande statue se trouve à Nakhon Nayok, à environ deux heures de Bangkok.
Oui, tout à fait !
À Bangkok, la fête de Navaratri, dédiée à la déesse Durga, attire chaque année des milliers de visiteurs, hindous ou non. Les Thaïlandais de toutes confessions viennent y déposer des fleurs, assister aux processions et profiter des stands de nourriture et d’artisanat. C’est une occasion parfaite pour découvrir la ferveur et la beauté de l’hindouisme en Thaïlande.


