Quand on pense à la Thaïlande, on imagine souvent les temples bouddhistes dorés et les moines en robe safran. Pourtant, dans le sud du pays, une autre spiritualité façonne le quotidien : l’islam.
Dans les provinces de Pattani, Yala, Narathiwat et Satun, la culture musulmane s’exprime à travers la langue, la cuisine, l’architecture et le mode de vie. Ces régions, frontalières de la Malaisie, offrent une mosaïque d’identités fascinante, où la foi et la tradition s’entremêlent harmonieusement.
Un héritage ancien : l’arrivée de l’islam en Thaïlande
L’islam est arrivé dans le sud bien avant la formation du royaume de Thaïlande moderne. Dès le XIIIᵉ siècle, les commerçants arabes, indiens et malais sillonnaient la mer d’Andaman et le golfe de Thaïlande. Ils ont introduit leur foi à travers le commerce, les mariages et les échanges culturels.
Les anciens royaumes de Pattani et de Langkasuka furent parmi les premiers à adopter l’islam. Avec le temps, ces régions ont développé une culture propre, mêlant influences malaises, thaïes et arabes.
Les provinces musulmanes du Sud
Pattani, le cœur spirituel
Pattani est souvent considérée comme le centre historique de l’islam thaïlandais. On y trouve la Grande Mosquée Centrale de Pattani, un édifice majestueux qui combine des styles moyen-oriental et occidental. C’est le lieu symbolique de rassemblement pour les grandes prières et les fêtes religieuses.
Yala et Narathiwat, entre modernité et traditions
À Yala, la vie musulmane se mêle à la modernité. Les écoles islamiques côtoient les universités publiques, et les jeunes générations allient culture locale et ouverture au monde.
Narathiwat, plus rurale, garde un mode de vie traditionnel : pêche, tissage, agriculture et rituels communautaires rythment les saisons.
Satun, la paisible
Satun, bien que musulmane à plus de 65 %, reste une province multiculturelle. Les habitants y parlent souvent un thaï teinté de malais, et les relations entre bouddhistes et musulmans y sont très apaisées.
Les coutumes et traditions musulmanes locales
La pratique de l’islam dans le sud de la Thaïlande reste fidèle au rite sunnite, mais elle s’est enrichie d’éléments culturels locaux.
Les habitants suivent les prières quotidiennes, observent le Ramadan avec ferveur et célèbrent les grandes fêtes comme Hari Raya Aidilfitri (fin du jeûne) et Aidiladha (fête du sacrifice).
Les mariages et cérémonies religieuses sont empreints d’un grand sens de la communauté. Les familles s’entraident, partagent les repas et entretiennent un fort sentiment d’unité.
Les vêtements traditionnels reflètent aussi cette identité : les femmes portent souvent le tudung (foulard), et les hommes le sarong ou la kopyah (petite coiffe blanche).
L’architecture et la vie autour des mosquées
Les mosquées du sud sont de véritables symboles d’unité. Elles ne servent pas uniquement à prier, mais aussi à éduquer, discuter et accueillir les voyageurs.
Certaines sont de véritables joyaux, comme la mosquée Al-Hussein à Narathiwat, surnommée “la mosquée flottante” pour son emplacement au-dessus de l’eau.
Une identité culturelle forte
L’islam du sud de la Thaïlande n’est pas seulement une religion, c’est aussi un marqueur culturel et linguistique. La langue malais-pattani, proche du malais de Malaisie, reste parlée dans la vie quotidienne, même si le thaï est utilisé dans l’administration.
Les arts et métiers traditionnels – comme le tissage de soie, la gravure sur métal et la fabrication de bateaux en bois – font partie intégrante de cette identité.
Dans la cuisine, les influences malaises et musulmanes se retrouvent dans des plats parfumés comme le khao mok gai (riz au poulet façon biryani), le massaman curry ou les satay (brochettes grillées servies avec une sauce aux cacahuètes).
Cohabitation et tolérance religieuse
Malgré les différentes religions en Thaïlande, les habitants du sud coexistent depuis des siècles avec les communautés bouddhistes.
Les mariages mixtes sont rares, mais le respect mutuel est là. Les fêtes religieuses deviennent souvent des moments de partage : pendant le Ramadan, des bouddhistes participent à la préparation des repas de rupture du jeûne, tandis que les musulmans décorent parfois leurs maisons lors du Nouvel An thaï.
Ce que le voyageur doit savoir
Pour les visiteurs, le sud musulman de la Thaïlande offre une expérience authentique et sereine.
Il est conseillé de :
- porter des vêtements modestes (épaules et genoux couverts) afin de ne pas heurter les locaux musulmans ;
- éviter les démonstrations d’affection en public ;
- et surtout, goûter aux plats halal locaux, souvent parmi les plus savoureux du pays ! 😋
Les voyageurs qui s’y rendent sont souvent touchés par l’hospitalité et la gentillesse des habitants. Ici, la religion n’est pas une barrière, mais un pont de compréhension culturelle.
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FAQ – L’islam en Thaïlande
Les provinces les plus musulmanes sont Pattani, Yala et Narathiwat, où la population musulmane dépasse les 80 %. Ces régions partagent une forte identité malaise et culturelle commune avec le nord de la Malaisie.
Les spécialités incluent le khao mok gai (riz au poulet façon biryani), le massaman curry au goût légèrement sucré, les satay (brochettes grillées) et le roti, une crêpe croustillante servie avec du lait concentré ou du curry.
Oui, la plupart des mosquées accueillent les visiteurs à condition d’adopter une tenue correcte (bras et jambes couverts) et de retirer ses chaussures avant d’entrer. Les femmes doivent couvrir leurs cheveux dans les zones de prière principales.
Les musulmans du sud sont majoritairement d’origine malaise et parlent souvent un dialecte local, tandis que ceux de Bangkok sont issus de migrations récentes et d’origines plus diverses (pakistanaise, cham, indienne ou thaïe). Leur pratique religieuse reste similaire.
Oui, les traditions locales ajoutent une touche thaïlandaise au Ramadan : les marchés du soir, appelés Pasar Ramadan, deviennent de véritables lieux de fête et de gastronomie. Les familles se retrouvent pour partager le repas de rupture dans une ambiance conviviale.


