En Thaïlande, la liberté religieuse est fondamentale et respectée. Entre les temples bouddhistes, les appels à la prière dans le Sud et les processions chrétiennes à Noël, le pays semble être un kaléidoscope spirituel parfaitement harmonieux.
Mais comment cette royauté, où plus de 90 % de la population est bouddhiste, parvient-il à préserver une telle paix religieuse ? La réponse réside dans une valeur profondément ancrée dans la culture thaïlandaise : le respect mutuel, ou kreng jai (เกรงใจ), cette délicate attention à l’autre qui façonne la société thaïlandaise tout entière.
La liberté religieuse garantie par la Constitution thaïlandaise
Depuis la Constitution de 1932 — celle qui a mis fin à la monarchie absolue —, la Thaïlande reconnaît la liberté de religion comme un droit fondamental.
L’article 31 de la Constitution actuelle stipule que “toute personne a le droit de professer une religion, de la pratiquer et de la propager, tant que cela ne trouble pas l’ordre public.”
Autrement dit, chacun est libre de croire, de prier et de transmettre sa foi, à condition de le faire dans le respect des autres et des lois.
L’État, bien qu’il soutienne activement le bouddhisme Theravāda en tant que religion majoritaire, finance également les institutions religieuses des musulmans, chrétiens, hindous et sikhs.
Le bouddhisme, religion du royaume mais pas religion d’État
La Thaïlande n’a pas de religion officielle au sens juridique.
Cependant, le bouddhisme Theravāda occupe une place centrale dans la culture et l’identité nationale.
Le roi thaïlandais, selon la Constitution, doit être bouddhiste et “protecteur de toutes les religions”. Aussi, le bouddhisme ne cherche pas à convertir. Il prône la tolérance, la compassion et la coexistence pacifique — des valeurs que l’on retrouve dans la vie quotidienne des Thaïlandais.

Les communautés religieuses en Thaïlande
Les musulmans
L’islam en Thaïlande représente environ 5 à 6 % de la population, principalement concentrés dans le Sud (Pattani, Yala, Narathiwat).
Ils suivent majoritairement le rite sunnite et bénéficient d’une autonomie religieuse : tribunaux islamiques locaux, écoles coraniques, et même des émissions religieuses à la télévision publique.
Les chrétiens
Minorité estimée à 1 % de la population, surtout présente à Bangkok et dans le Nord.
Les missions catholiques, arrivées au XVIIᵉ siècle, ont fondé de nombreuses écoles et hôpitaux encore actifs aujourd’hui.
Le christianisme thaïlandais est reconnu pour son engagement social et éducatif.
Les hindous et les sikhs
Peu nombreux, mais très visibles dans la vie culturelle et symbolique du pays, les brahmanes (prêtres hindous) jouent encore un rôle dans les cérémonies royales. Les communautés sikhes, quant à elles, sont actives dans le commerce à Bangkok, surtout dans le quartier de Pahurat.
👉 À lire également : Le rite brahmanique en Thaïlande
Les adeptes de l’animisme
Même si la majorité se dit bouddhiste, beaucoup de Thaïlandais conservent des pratiques animistes : culte des esprits protecteurs, autels domestiques et offrandes quotidiennes. Ces croyances se mêlent harmonieusement aux traditions bouddhistes.
La coexistence pacifique des religions : un équilibre culturel en Thaïlande
Ce qui fait la force de la Thaïlande, c’est que la tolérance n’est pas une loi imposée, mais une habitude culturelle.
Les Thaïlandais grandissent dans un environnement multiculturel où la différence n’est pas une menace, mais une richesse.
La clé de cette harmonie réside dans deux principes :
- Le respect mutuel (kreng jai) : ne pas déranger, ne pas blesser.
- Le mérite (bun) : faire le bien pour améliorer son karma, quelle que soit sa religion.
Dans les écoles, les enfants bouddhistes, musulmans et chrétiens prient parfois ensemble, chacun à sa manière. Et dans les villages du Sud, il n’est pas rare de voir une mosquée et un temple côte à côte, séparés par… un marché local partagé entre les deux communautés religieuses.
Les limites et défis de la liberté religieuse en Thaïlande
Bien sûr, tout n’est pas parfait. Des tensions existent parfois dans le Sud, liées à des revendications politiques et identitaires plus qu’à la religion elle-même. Mais même dans ces zones, la majorité des habitants prônent la coexistence et refusent la violence.
À Bangkok, la modernisation rapide pousse aussi à repenser la place des religions dans une société de plus en plus urbaine et connectée. Cependant, les valeurs bouddhistes continuent d’imprégner la vie publique : tolérance, calme et équilibre restent les maîtres-mots.


