Pour la religion bouddhiste, devenir moine n’est pas une décision réservée aux religieux. C’est une tradition culturelle et familiale, presque un devoir spirituel. Appelé “Buad Phra”, le rituel d’ordination marque l’entrée d’un homme dans la vie monastique, temporairement ou à vie. Ce moment, empreint d’émotion, mêle foi, respect filial et transmission des valeurs bouddhistes.
L’ordination des moines, un pilier de la culture bouddhiste
Chez les bouddhistes, chaque homme est encouragé à devenir moine au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour quelques jours ou quelques semaines. On dit qu’un fils ordonné apporte du mérite à sa famille, surtout à sa mère, qui “reçoit les fruits de sa bonté” (tham bun mae).
L’ordination symbolise la transition entre la vie laïque et la vie spirituelle. C’est un moment de purification, de gratitude et de dévouement, que les familles préparent parfois des mois à l’avance.
Les deux types d’ordination : novice et moine complet
L’ordination bouddhiste se fait en deux étapes et les moines dédient leurs vies à cette religion :
- Le samanen (novice) : à partir de 7 ans, les garçons peuvent rejoindre un temple pour apprendre les bases de la foi.
- Le bhikkhu (moine ordonné) : à partir de 20 ans, l’ordination complète permet de suivre la discipline stricte du Vinaya (227 règles).
Beaucoup d’hommes deviennent moines pour quelques semaines, surtout pendant la saison des pluies (vassa), période de retraite spirituelle. D’autres choisissent la voie monastique à vie, consacrant leur existence à la méditation, l’enseignement et le service communautaire.

Les préparatifs de l’ordination
Avant la cérémonie, le futur moine, appelé “nakh”, se rase la tête et les sourcils — un geste de détachement symbolique.
Vêtu de blanc, il participe à des processions dans sa ville ou son village, accompagné de musique, de danses et de proches portant des offrandes.
L’ambiance est à la fois joyeuse et solennelle : le rite ne marque pas une séparation, mais une transformation. Les parents marchent souvent à ses côtés, les yeux brillants de fierté, tandis que les fidèles lui offrent des fleurs de lotus et des guirlandes.
Le déroulement de la cérémonie d’ordination des moines
La cérémonie se déroule généralement dans le sala (pavillon du temple) ou l’ubosot (salle d’ordination).
Le futur moine récite les vœux monastiques en pāli, la langue sacrée du bouddhisme Theravāda, devant le supérieur du temple (ajahn).
Il demande officiellement à être accepté dans le Sangha (la communauté monastique) et reçoit alors les trois pièces de la robe safran. À partir de ce moment, il abandonne son nom civil pour un nom monastique et s’engage à suivre les préceptes de la vie bouddhiste. La cérémonie se conclut souvent par des bénédictions, des offrandes et un repas partagé avec la communauté. Quelques fois, cette cérémonie peut également se dérouler pendant une fête traditionnelle bouddhiste.
L’importance du mérite et de la foi
Devenir moine, même pour une courte période, est un acte de grande vertu. Chaque jour passé au monastère permet d’accumuler du mérite spirituel (bun), bénéfique non seulement pour le moine, mais aussi pour sa famille.
L’ordination des moines est donc à la fois un acte individuel de foi et une bénédiction collective. Elle renforce le lien entre les générations et rappelle la valeur centrale du bouddhisme thaïlandais : le détachement et la compassion.
L’ordination des moines dans la Thaïlande moderne
Aujourd’hui encore, l’ordination reste très vivante. Même à Bangkok, de jeunes hommes quittent temporairement leur emploi pour se retirer dans un temple. Certains étrangers choisissent aussi de se faire ordonner, notamment dans les temples forestiers du Nord, pour vivre une expérience spirituelle unique.
Les temples adaptent parfois la durée et la logistique des ordinations aux modes de vie modernes, mais le sens profond — sacrifice, respect et paix intérieure — demeure inchangé.
Le mot de la fin
L’ordination des moines n’est pas qu’un rituel religieux : c’est une expérience de transformation. Elle relie le passé et le présent, la famille et la foi, l’individu et la communauté. Sous la robe typique des moines se cache un message universel : celui de la gratitude, de la sagesse et du renoncement.
FAQ – Ordination des moines
L’ordination temporaire dure en général entre 7 et 30 jours, souvent pendant la saison des pluies (Khao Phansa).
Certains hommes choisissent de prolonger leur séjour au temple pendant plusieurs mois, voire de rester à vie, mais la majorité des ordinations sont symboliques et saisonnières.
Oui, de plus en plus d’étrangers choisissent cette expérience spirituelle. De nombreux temples, notamment à Chiang Mai, Bangkok ou Nakhon Pathom, proposent des ordinations temporaires adaptées aux non-Thaïlandais. Les candidats doivent généralement observer un stage préparatoire, suivre les préceptes du bouddhisme Theravāda et apprendre les bases du pāli.
La robe safran, symbole du moine bouddhiste, représente le renoncement au monde matériel. Sa couleur, tirée de pigments naturels, évoque la simplicité, la pureté et la flamme de la sagesse. Chaque moine reçoit trois pièces de tissu, qu’il apprend à plier et à porter selon un rituel précis transmis depuis des siècles.
Même si l’ordination est un acte spirituel, elle est aussi un moment de joie collective. Les processions sont souvent accompagnées de musique, de danses et de repas partagés. C’est une façon pour la communauté de célébrer la foi, de soutenir le futur moine et de créer du mérite collectif (tham bun).


