Le savoir-vivre thaïlandais, c’est l’art de la fluidité sociale. C’est une danse subtile faite de respect de la hiérarchie, de sourires stratégiques et de maîtrise de soi.
Les Thaïlandais sont extrêmement sensibles aux manières. Un Farang (occidental) qui fait l’effort de comprendre ces codes gagne instantanément des points auprès de la population locale.
Le Wai (ไหว้) : Bien plus qu’un simple bonjour 🙏
C’est le geste iconique de la Thaïlande : les mains jointes devant la poitrine, accompagné d’une légère inclinaison de la tête. C’est beau, c’est gracieux, mais c’est aussi un casse-tête hiérarchique !
Le Wai sert à dire bonjour, au revoir, merci et pardon. Mais attention, on ne « wai » pas tout le monde n’importe comment. La règle d’or est : le plus jeune (ou le moins gradé socialement) salue toujours le plus âgé (ou le supérieur) en premier.
- Comment faire ? Joins les paumes au niveau du torse (comme une prière), coudes rentrés, et incline légèrement la tête pour que ton nez s’approche du bout de tes doigts. Souris en le faisant.
- La subtilité : Si tu es le client (au resto, dans un taxi, à l’hôtel), tu n’as pas besoin d’initier le Wai. Le personnel te saluera. Contente-toi de répondre par un sourire et un signe de tête, ou un petit Wai rapide si tu veux être très poli. Ne te sens pas obligé de faire de grands Wai cérémonieux à chaque vendeur de rue, tu aurais l’air bizarre !
Le Sourire et le « Jai Yen » : Ton armure sociale
Tu es au « Pays du Sourire ». Mais ici, le sourire n’est pas qu’une expression de joie. C’est un outil multifonction, un lubrifiant social indispensable.
Les Thaïlandais sourient quand ils sont contents, bien sûr, mais aussi quand ils sont gênés, quand ils ne comprennent pas, quand ils s’excusent, ou même quand ils sont en colère (le sourire « masque »).
Si tu es dans une situation tendue (un malentendu sur un prix, un retard…), ta meilleure arme est le « Jai Yen ». Ne hausse jamais le ton. Reste souriant, parle doucement. L’agressivité est perçue comme un échec personnel et une immaturité. Un étranger qui reste calme et souriant dans l’adversité gagne un respect immense.
Le corps parle : La tête, les pieds et l’index
On l’a vu dans notre article sur les comportements à éviter en Thaïlande, mais c’est le cœur du savoir-vivre : les gestes de ton corps.
- La tête est sacrée : C’est le siège de l’âme. On ne touche pas la tête des gens, même des enfants mignons. Si tu dois passer derrière quelqu’un assis, baisse légèrement la tête et les épaules en signe d’excuse pour ne pas « dominer » sa tête.
- Les pieds sont impurs : Ils sont en contact avec le sol sale. Ne pointe jamais tes pieds vers quelqu’un, une statue de Bouddha ou un autel. Quand tu t’assois par terre, replie tes jambes sur le côté. Et surtout, ne t’en sers pas pour pointer un objet au sol ou fermer une porte !
- Ne pointe pas du doigt : Montrer quelqu’un ou quelque chose avec l’index est considéré comme très impoli (comme si tu accusais). Pour indiquer une direction ou une personne, utilise ta main entière, paume ouverte vers le haut.

À table ! L’art de partager (et de ne pas utiliser sa fourchette)
Manger est une activité très importante en Thaïlande. Le repas thaï est un moment de partage par excellence. Oublie l’idée de « ton » assiette.
- Tout au milieu : Les plats sont posés au centre de la table. Chacun a une assiette de riz individuelle. On se sert (une ou deux cuillères à la fois, pas plus !) dans les plats communs pour les mettre sur son riz. Ne vide pas le plat de crevettes d’un coup, c’est très mal vu !
- La fourchette ne va pas à la bouche : C’est l’erreur classique. On mange avec une cuillère dans la main droite et une fourchette dans la main gauche. La fourchette sert uniquement à pousser les aliments dans la cuillère. Mettre la fourchette à la bouche est jugé aussi vulgaire que de lécher son couteau chez nous. (Exception : pour les fruits ou le riz gluant mangé à la main).
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L’hymne national : Quand le monde se fige (8h et 18h)
C’est l’une des expériences les plus surréalistes pour un nouveau venu. Imagine : tu es dans une gare bondée ou un parc animé. Soudain, une mélodie retentit dans les haut-parleurs. En une seconde, tout le monde s’arrête. Plus personne ne marche, ne parle, ne bouge.
C’est l’hymne national (Phleng Chat). Il est diffusé tous les jours à 8h00 et à 18h00 dans les lieux publics.
- La règle : Tu dois t’arrêter net. Si tu es assis, tu te lèves. Tu restes silencieux et immobile, les bras le long du corps, jusqu’à la fin de la musique.
- Pourquoi ? C’est un signe de respect envers la Nation. Continuer à marcher ou à discuter pendant l’hymne est perçu comme une grande forme d’impolitesse, voire un manque de respect envers le pays qui t’accueille.
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L’apparence compte : Le concept de « Riap Roi »
On entend souvent : « En vacances, je m’habille comme je veux ». En Thaïlande, c’est une erreur. La société thaïlandaise juge énormément sur l’apparence.
Il existe un concept clé : être « Riap Roi » (propre sur soi, soigné, présentable).
- Le débardeur et les tongs en ville : C’est toléré pour les touristes, mais ça te classe immédiatement dans la catégorie « personne sans éducation ».
- L’effort vestimentaire : Si tu portes une chemise repassée, un pantalon propre et que tu es bien coiffé, tu verras une différence immédiate dans la façon dont on te traite (au restaurant, à l’immigration, avec la police). On te parlera avec plus de respect et de douceur.
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Les cadeaux : L’art d’offrir (et de ne pas ouvrir)
Les Thaïlandais adorent offrir et recevoir des petits cadeaux (souvenirs de voyage, snacks, fruits). C’est le ciment des relations amicales et professionnelles. Mais il y a des codes !
- L’emballage compte : L’apparence du cadeau est aussi importante que le cadeau lui-même. Un bel emballage montre que tu as pris du temps et que tu respectes la personne.
- Ne l’ouvre pas tout de suite ! C’est la règle la plus contre-intuitive pour nous. En Occident, on ouvre le cadeau devant la personne pour montrer notre joie. En Thaïlande, c’est l’inverse ! On remercie, on pose le cadeau sur le côté et on l’ouvre plus tard, en privé.
- Pourquoi ? Pour éviter la gêne (« perdre la face ») si le cadeau ne plaît pas, ou pour ne pas avoir l’air trop avide (« khi niao »).
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Les moines : Priorité absolue dans l’espace public
Les moines thaï en robe safran sont très respectés. Tu vas souvent en croiser, surtout le matin ou dans les transports.
- Dans le métro/bus : Il y a des sièges réservés aux moines (« Priority Seats »). Mais même s’ils ne sont pas marqués, si un moine entre et qu’il n’y a pas de place, lève-toi immédiatement pour lui laisser la tienne. C’est un réflexe automatique ici.
- La distance (pour les femmes) : Je le répète car c’est vital. Si tu es une femme, fais très attention dans les allées étroites ou les foules à ne pas frôler un moine. Écarte-toi ostensiblement pour lui laisser le passage. Il appréciera ce geste de considération.
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FAQ : Le savoir-vivre en Thaïlande
Pour être poli, tu peux ajouter le mot « Khun » (Monsieur/Madame) devant le prénom de la personne. Exemple : « Khun Somchai ». C’est respectueux et passe-partout. Si tu deviens plus familier, tu utiliseras le système « Pee » (grand frère/sœur) ou « Nong » (petit frère/sœur) selon l’âge.
En Thaïlande, on ne partage généralement pas l’addition (« Go Dutch »). La règle tacite est que la personne la plus âgée, la plus riche ou celle qui a invité paie pour tout le monde. Si tu dînes avec des amis thaïs, il y aura souvent une petite « bataille » pour savoir qui paie, pour l’honneur. En tant que Farang (souvent perçu comme plus riche), proposer de payer est un beau geste.
Oui, dès que tu entres dans une maison privée, c’est obligatoire. Regarde à l’entrée des magasins, des salons de massage ou de certains petits bureaux : s’il y a un tas de chaussures devant la porte, fais pareil. C’est une question d’hygiène (ne pas ramener la saleté de la rue) et de respect.


