Imagine que ton corps est une ville complexe comme Bangkok. Pour que la ville fonctionne, il faut que la circulation soit fluide. Si une route est bloquée par un embouteillage, les livraisons n’arrivent plus, et c’est la crise dans le quartier.
Dans la médecine traditionnelle thaïlandaise, ton corps fonctionne exactement pareil. Il est traversé par un réseau complexe de canaux invisibles appelés les Sen.
Le Sen Sib (qui signifie littéralement « dix lignes »), c’est la carte des 10 autoroutes principales que tout bon thérapeute doit connaître par cœur. Prêt à découvrir l’anatomie invisible de ton propre corps ?
Qu’est-ce que les « Sen » exactement ?
C’est un concept d’anatomie subtile. Tu ne verras jamais une « ligne Sen » lors d’une autopsie ou sur une radio. Ce ne sont pas des nerfs, ni des vaisseaux sanguins (bien qu’ils suivent souvent leur trajet).
C’est un héritage direct de l’Inde et du Yoga. Si tu fais du yoga, tu connais les Nadis. En médecine chinoise, on parle de Méridiens. En Thaïlande, ce sont les Sen.
Selon la théorie, il existe 72 000 lignes dans le corps (rien que ça !). Mais rassure-toi, le Nuad Boran (massage ancien) se concentre uniquement sur les 10 principales : les Sen Sib. Ce sont les « voies rapides » qui distribuent l’énergie partout.
Le Wat Pho : La bibliothèque de pierre
Comment connaît-on ces lignes ? Grâce au roi Rama III. Au 19ème siècle, craignant que ce savoir oral ne disparaisse, il a fait graver les diagrammes de ces lignes sur les murs du temple Wat Pho à Bangkok.
Si tu visites ce temple (le berceau du massage), tu verras ces célèbres dessins d’hommes avec des lignes noires tracées sur le corps. C’est le manuel scolaire de référence pour tous les étudiants en massage thérapeutique thaïlandais. Le thérapeute n’appuie pas au hasard : il suit ce plan millénaire.
Les Lignes majeures à connaître
Pas besoin d’apprendre les 10 par cœur, mais voici les plus importantes, celles que ton thérapeute travaille à chaque séance :
1. Sen Sumana : L’Autoroute Centrale : C’est la ligne la plus importante. Elle part du nombril et remonte tout droit au milieu de la poitrine, traverse la gorge et finit à la base de la langue.
- Son rôle : Elle gère le cœur, la respiration et la parole.
- En cas de blocage : Problèmes d’asthme, de cœur, bégaiement ou douleurs thoraciques. C’est l’axe de la vie.
2. Sen Ittha et Sen Pingkala : Le Soleil et la Lune. Ces deux lignes partent du nombril et longent la colonne vertébrale, l’une à gauche (Ittha), l’autre à droite (Pingkala). Elles remontent par le cou, passent sur la tête et redescendent vers le nez.
- Son rôle : Elles contrôlent les maux de tête, les yeux, le nez et les problèmes urinaires.
- En cas de blocage : Migraines, rhumes, sinusite ou douleurs lombaires. C’est souvent sur ces lignes que le masseur insiste avec ses pouces le long de ta colonne. Aïe, mais ça fait du bien !
3. Sen Kalathari : L’Électrique : Celle-ci est fascinante. Elle part du nombril et se divise en quatre branches qui filent vers les bras et les jambes, jusqu’aux doigts et aux orteils.
- Son rôle : C’est la ligne du mouvement et des articulations. On l’appelle la ligne « psycho-émotionnelle ».
- En cas de blocage : Arthrite, paralysie, douleurs articulaires, mais aussi chocs émotionnels. Quand on te tire les doigts ou qu’on te masse la paume des mains, on active Kalathari.

Comment le thérapeute débloque-t-il les lignes ?
C’est là tout l’art du Nuad Thai. Le thérapeute est comme un plombier qui cherche une fuite ou un bouchon.
Il utilise une technique appelée acupression. Avec son pouce (ou son coude), il applique une pression rythmée le long de la ligne Sen. Il « pompe » le sang et l’énergie.
- Si le point est dur ou douloureux, c’est qu’il y a un blocage énergétique.
- Le thérapeute va alors insister, parfois « gratter » la ligne (comme une corde de guitare) ou maintenir la pression jusqu’à ce que le muscle fonde.
Une fois la pression relâchée, le sang frais et le Lom (vent) s’engouffrent à nouveau dans le canal. C’est cette sensation de chaleur et de picotement agréable que tu ressens après la douleur.
Pourquoi c’est important pour toi ?
Comprendre les Sen Sib change ta vision du massage. Tu réalises que ce n’est pas juste « se faire frotter le dos ».
Si tu as mal à la tête et que le masseur te triture les pieds ou le ventre, ne pense pas qu’il est incompétent ! Il travaille probablement sur le bas de la ligne Sen Ittha pour libérer la tension qui remonte jusqu’à ton crâne.
C’est une approche holistique : tout est connecté. Une douleur à l’épaule peut venir d’un blocage dans la hanche opposée via la ligne Kalathari. C’est la magie de la médecine thaïlandaise.
FAQ : Les Lignes Sen Sib
C’est très similaire (« cousin »), mais pas identique. Les Sen thaïlandais sont plus proches des Nadis de la médecine ayurvédique indienne. Les trajets diffèrent légèrement des méridiens chinois, bien que les points de pression se recoupent souvent.
Non. Comme l’âme ou l’esprit, les Sen font partie de l’anatomie subtile (énergétique). Cependant, des recherches récentes montrent que les trajets des Sen correspondent souvent aux chaînes de fascias (tissus conjonctifs) qui enveloppent nos muscles.
Une ligne saine est souple et indolore. Si tu as mal quand on appuie, c’est le signe d’une stagnation d’énergie ou de toxines (acide lactique). La douleur est le signal que le nettoyage est nécessaire. On appelle ça la « Good Pain » (bonne douleur).


