Le varan en Thaïlande : où le voir et faut-il s’en méfier ?

varan thaiilande

Tu es assis sur un banc du parc Lumphini, en plein Bangkok, un café glacé à la main. Quelque chose bouge dans l’herbe à dix mètres. Tu lèves les yeux et tu vois sortir du lac un lizard de deux mètres, langue bifide dehors, qui traverse la pelouse sans se presser au milieu des joggeurs. Personne ne réagit. Toi, si.

C’est le moment où la plupart des voyageurs découvrent le varan en Thaïlande. Officiellement le varan malais, Varanus salvator, deuxième plus grand lézard du monde après le dragon de Komodo. Officieusement, le voisin de palier de millions de Bangkokiens, qui vit dans les canaux de la ville depuis bien plus longtemps qu’eux.

Je te dis ici où l’observer à coup sûr, s’il est dangereux (spoiler : beaucoup moins que sa taille ne le suggère), et pourquoi son nom thaï est l’une des insultes les plus violentes de la langue.

À retenir

  • Le varan malais (Varanus salvator) est le deuxième plus grand lézard du monde, jusqu’à 2,50 m et 20 à 25 kg pour les plus gros mâles.
  • Le spot le plus fiable du pays est le parc Lumphini, en plein centre de Bangkok. Entrée gratuite, dizaines d’individus résidents.
  • Il n’est pas agressif envers l’homme. Il fuit. Les rares morsures arrivent quand on le coince ou qu’on essaie de le nourrir.
  • Son nom courant en thaï, hia, est une insulte très grossière. On dit poliment tua ngoen tua thong, « créature d’argent et d’or ».
  • C’est une espèce protégée en Thaïlande. Le capturer, le tuer ou le détenir est illégal.
  • Meilleur moment d’observation : le matin entre 8 h et 11 h, quand il se chauffe au soleil au bord de l’eau.

Le varan de Thaïlande, qui est-il vraiment

L’espèce que tu croiseras dans 99 % des cas est le varan malais, aussi appelé varan d’eau asiatique. En Thaïlande, c’est la sous-espèce macromaculatus, reconnaissable à sa peau sombre constellée de taches jaunâtres qui s’estompent avec l’âge.

Les chiffres impressionnent : jusqu’à 2,50 mètres du museau au bout de la queue, dont plus de la moitié pour la queue justement, et 20 à 25 kg pour un gros mâle. Dans la réalité d’un parc urbain, tu verras surtout des individus de 1 à 1,80 m, ce qui reste parfaitement suffisant pour lever la tête de son téléphone.

C’est un animal remarquablement polyvalent. Il nage sur de longues distances en s’aidant de sa queue aplatie comme d’une rame, reste en apnée plusieurs dizaines de minutes, grimpe aux arbres avec une agilité déconcertante et court plus vite qu’un humain sur quelques mètres. C’est un charognard et un opportuniste : poissons, crabes, œufs, rongeurs, oiseaux, déchets alimentaires et cadavres.

Ce régime explique pourquoi il prolifère en ville. Bangkok est construite sur un réseau de khlongs, ces canaux qui drainent la plaine du Chao Phraya. Pour un varan, c’est un buffet à ciel ouvert relié par des autoroutes aquatiques. Les populations urbaines sont parmi les plus denses du pays.

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Où voir un varan en Thaïlande à coup sûr

Le parc Lumphini, le spot imbattable

Si tu n’as qu’une adresse à retenir, c’est celle-là. Créé dans les années 1920 par le roi Rama VI sur ses propres terres, Lumphini est un parc clos de 58 hectares en plein cœur du quartier des affaires, avec plusieurs lacs artificiels. Des dizaines de varans adultes y vivent en permanence, certains suivis par les gardiens depuis plus de dix ans.

L’accès est gratuit, le parc ouvre vers 4 h 30 et ferme à 21 h. Métro MRT station Lumphini ou Si Lom, BTS Sala Daeng. Tu peux facilement combiner ça avec une matinée dans le centre, et mon guide des lieux incontournables de Bangkok donne de quoi remplir le reste de la journée.

Où regarder précisément : les berges du grand lac au nord, les pelouses entre les deux plans d’eau, et les grilles d’évacuation dispersées dans les allées. Arrête-toi au-dessus de l’une d’elles et regarde en bas : il n’est pas rare d’en voir un nager dans le conduit sous tes pieds.

Les autres parcs de Bangkok

  • Parc Benjakitti, voisin de Lumphini et relié par une passerelle surélevée. Zone humide aménagée, passerelles en bois au ras de l’eau, moins de monde.
  • Parc Vachirabenjatas, plus connu sous le nom de Rot Fai, au nord près de Chatuchak. Grand, arboré, population importante de varans.
  • Bang Krachao, le « poumon vert » de Bangkok, de l’autre côté du fleuve. En vélo sur les chemins surélevés, tu en croises sans même les chercher.

Hors de Bangkok

Le varan est présent dans tout le pays, du Nord aux îles du Sud, partout où il y a de l’eau. Quelques endroits où l’observation est particulièrement facile :

  • Khao Sam Roi Yot, près de Hua Hin. Marais côtiers, mangroves, et une observation quasi garantie depuis les passerelles.
  • Khao Sok, sur les berges du lac Cheow Lan. Souvent vus depuis le bateau, allongés sur les rochers.
  • Les mangroves de Krabi et de Koh Lanta, en kayak. Là, tu les vois dans leur véritable milieu, pas dans un parc urbain.
  • Les canaux d’Ayutthaya et d’Amphawa, depuis un long-tail boat de fin d’après-midi.

Pour le reste de la faune que tu peux croiser sur place, mon article sur les animaux dangereux de Thaïlande remet les risques réels à leur place, et tu peux lire aussi mon guide sur où voir des crocodiles, souvent confondus avec les varans par les voyageurs pressés.

Le varan est-il dangereux ?

Réponse courte : non, pas si tu le laisses tranquille. Réponse longue, avec les nuances qui comptent.

Le varan malais fuit systématiquement l’homme. Son premier réflexe est de rejoindre l’eau. Dans un parc urbain, l’habitude l’a rendu indifférent aux passants, mais indifférent ne veut pas dire apprivoisé : il continue de garder sa distance et il la fera respecter si tu la franchis.

Il dispose de trois moyens de défense. Une morsure puissante, dont le vrai risque est l’infection bactérienne liée à son régime de charognard. Un coup de queue cingant, qui fait très mal. Et des griffes conçues pour grimper, qui lacèrent facilement. Aucune de ces trois choses ne se produit si tu restes à trois mètres.

Les trois erreurs à ne pas commettre

Ne le nourris pas. C’est ce qui transforme un animal craintif en animal qui s’approche des humains, et c’est l’origine de la quasi-totalité des incidents.
Ne le coince pas. Laisse-lui toujours un accès libre vers l’eau. Un varan acculé charge.
Ne téléphone pas à cinquante centimètres. Le selfie collé au museau est responsable de plus de morsures que tout le reste.

En cas de morsure, le protocole est simple et il n’a rien d’exotique : laver abondamment à l’eau et au savon, désinfecter, et consulter un médecin dans la journée pour une antibiothérapie et une vérification du vaccin antitétanique. Les hôpitaux privés thaïlandais gèrent ça très bien, comme je l’explique dans mon guide pour se faire soigner en Thaïlande.

Pour remettre les choses en perspective : tu as infiniment plus de risques d’avoir un problème avec un macaque qui t’arrache ton sac qu’avec un varan.

Pourquoi son nom est une insulte en thaï

C’est le détail culturel que personne ne te dira, et il peut t’éviter un gros malaise.

Le nom ordinaire du varan en thaï se prononce hia. C’est aussi l’une des insultes les plus grossières de la langue, l’équivalent d’un juron bien senti lancé au visage de quelqu’un. L’origine remonte à la réputation de l’animal : charognard, rôdeur des abords de maisons, associé à la malchance et à la mort quand il entrait dans une propriété.

Pour pouvoir désigner l’animal sans jurer, les Thaïlandais ont inventé un euphémisme qui est aussi un contre-sort : tua ngoen tua thong, littéralement « créature d’argent et d’or ». C’est le terme utilisé sur les panneaux officiels, dans les parcs et dans les journaux. Nommer la malchance par son contraire pour la neutraliser, c’est très révélateur du rapport thaï aux superstitions.

Concrètement : si tu montres un varan à un Thaïlandais, dis « monitor lizard » en anglais, ou rien du tout. N’essaie pas de placer le mot thaï que tu auras entendu dans un reportage.

Le savais-tu

En 2016, la population de varans de Lumphini était devenue si dense que les autorités ont lancé une opération de capture très médiatisée pour en transférer plusieurs centaines vers un centre de la province de Ratchaburi. L’opération a fait la une de la presse mondiale, et les varans sont revenus depuis. Les gardiens effectuent désormais des captures périodiques pour maintenir un équilibre.

Comment bien l’observer et le photographier

Quelques règles simples transforment une rencontre fortuite en vraie observation.

QuoiLe bon réflexe
Horaire8 h à 11 h, quand il se réchauffe au soleil sur la berge
SaisonToute l’année, plus actif pendant la saison des pluies
Distance3 mètres minimum, davantage pour un gros mâle
MatérielUn téléobjectif ou le zoom du téléphone, jamais l’approche
AttitudeMouvements lents, pas de bruit sec, laisse-lui l’accès à l’eau
ChienTiens-le en laisse, c’est la première cause de confrontation

Un mot sur la législation : le varan malais est une espèce protégée par la loi thaïlandaise sur la conservation de la faune. Le capturer, le tuer, le transporter ou le détenir sans autorisation est passible d’amende et de prison. L’espèce est également inscrite à l’annexe II de la CITES, qui encadre le commerce international de sa peau.

Enfin, évite les « fermes à reptiles » qui proposent de le tenir dans les bras contre 200 ฿. Ces établissements n’ont généralement rien d’un centre de conservation, et manipuler l’animal le stresse considérablement. L’observation libre, gratuite et sans contact de Lumphini vaut dix fois mieux.

En résumé

  • Le varan malais atteint 2,50 m et vit partout en Thaïlande où il y a de l’eau.
  • Le parc Lumphini, à Bangkok, est l’endroit le plus sûr pour en voir, gratuitement.
  • Viens entre 8 h et 11 h, reste à trois mètres, ne le nourris jamais.
  • Il n’est pas agressif. Le risque principal en cas de morsure est l’infection.
  • Son nom courant en thaï est une grosse insulte : dis « monitor lizard ».
  • Espèce protégée : pas de capture, pas de manipulation, pas de ferme à selfies.

FAQ : le varan en Thaïlande

Où voir un varan en Thaïlande ?

Le parc Lumphini, en plein centre de Bangkok, est le spot le plus fiable du pays : des dizaines de varans y vivent en permanence et l’entrée est gratuite. Les parcs Benjakitti et Rot Fai, la zone verte de Bang Krachao et les mangroves de Krabi sont d’autres bons endroits.

Le varan est-il dangereux pour l'homme ?

Non. Il fuit systématiquement et ne devient défensif que s’il est coincé ou nourri. Ses moyens de défense sont une morsure, un coup de queue et des griffes. Le principal risque en cas de morsure est l’infection bactérienne, qui nécessite une consultation médicale dans la journée.

Quelle taille atteint un varan en Thaïlande ?

Le varan malais peut atteindre environ 2,50 mètres de long, dont plus de la moitié pour la queue, et peser 20 à 25 kg pour les plus gros mâles. C’est le deuxième plus grand lézard du monde après le dragon de Komodo.

Pourquoi y a-t-il autant de varans à Bangkok ?

Parce que la ville est construite sur un réseau de canaux, les khlongs, qui offrent à la fois des voies de circulation et une nourriture abondante. Charognard et opportuniste, le varan y trouve poissons, rongeurs, œufs et déchets alimentaires en quantité.

Pourquoi le mot thaï pour varan est-il une insulte ?

Le nom courant de l’animal, hia, est l’une des insultes les plus grossières du thaï, héritée de sa réputation de charognard porteur de malchance. Pour le désigner poliment, on dit tua ngoen tua thong, la créature d’argent et d’or.

Peut-on toucher ou nourrir un varan ?

Non, dans les deux cas. Le nourrir est l’origine de la quasi-totalité des incidents, car cela rapproche l’animal des humains. Le toucher est interdit : l’espèce est protégée par la loi thaïlandaise et sa capture ou sa détention est passible d’amende et de prison.

À quelle heure observer les varans ?

Entre 8 h et 11 h du matin, quand ils sortent de l’eau pour se réchauffer au soleil sur les berges. Ils restent visibles toute l’année et sont plus actifs pendant la saison des pluies.

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